
Il y a globalement quatre manières de
travailler dans l'animation :
en
tant que salarié permanent
en tant que salarié intermittent
en tant qu'indépendant
en tant qu'auteur
En réalité, ces quatre aspects
représentent des situations professionnelles
très différentes :
Le salariÉ permanent
C'est le titulaire d'un contrat à durée
indéterminée dans un studio ou
une société de production. Il
n'y a rien de spécifique dans son statut
par rapport à n'importe quel autre type
de salarié en CDI, en dehors du fait
que son activité doit être régie
par la Convention Collective de Production
des Films d'Animation. C'est un statut social.
Le salariÉ intermittent
Tordons le coup à une première
idée reçue : le statut d'intermittent
n'existe pas légalement. Il n'y a pas
de contrat d'intermittent, pas de statut spécifique
en tant qu'employé.
Un « intermittent »,
c'est une personne engagée en Contrat à Durée
Déterminée dans un des métiers
dits de l'animation. Ces métiers sont
listés dans la Convention Collective
et sont régis par elle. L'intitulé du
poste dans le contrat doit correspondre exactement à l'un
des métiers dans la liste pour que le
statut soit validé par les ASSEDIC.
En effet, l'intermittence, c'est juste un régime
spécifique des ASSEDIC. Le fait d'être
engagé selon un intitulé de poste
correspondant à un des métiers
de l'animation ouvre automatiquement accès
au régime spécifique.
Petite précision : si les CDD ne sont
généralement renouvelables qu'une
fois, il est admis que certains métiers
sont par nature inconstants dans leur activité.
Ces métiers peuvent donc utiliser un
CDD dit « d'usage »,
qui peut être renouvelé autant
que nécessaire. La plupart des métiers
de l'animation rentre dans cette catégorie
et il n'est pas rare de voir des studios ou
sociétés de production donner
des contrats d'un mois renouvelé chaque
mois à leurs employés.
L'artiste indÉpendant
Ce terme n'existe pas vraiment d'un point de
vue légal : « artiste indépendant » est
essentiellement une profession
libérale
non-répertoriée (c'est le
statut fiscal correct). Elle concerne essentiellement
les artistes exécutant qui créent
une entreprise uni-personnelle leur permettant
de travailler chez eux et de facturer à leurs
clients. L'impôt professionnel est appliqué avec
l'impôt sur le revenu de la personne,
ce qui ajoute un peu à la confusion.
Mais il s'agit bien d'un statut fiscal.
Les charges sociales sont souvent relativement élevées.

L'auteur
L'artiste-auteur est un statut social spécial
de travailleur indépendant. Il ne concerne
que les rémunérations sous forme
de droits d'auteur et ne concerne donc que
les artistes créateurs, pas les exécutants.
Les auteurs payés en partie en droit
d'auteur et en partie en salaires ne déclareront
donc dans les organismes gestionnaires que
les premiers. Leur statut sera double : ils
seront à la fois indépendants
et auteurs.
On trouve, entre autres, dans ce domaine les écrivains,
les réalisateurs, les scénaristes,
les graphistes-auteurs, les compositeurs de
musique, les sculpteurs, les dramaturges, les
photographes.
La Maison des Artistes gère essentiellement
les couvertures sociales des graphistes et
sculpteurs, les autres professions étant
gérées par l'AGESSA.
Les charges sur les revenus d'auteurs sont
généralement faibles, mais elles
ne concernent que la rétribution de
l'auteur dans le cadre d'un contrat de cession
de droits d'auteurs. Un auteur, en effet, n'est
pas censé « exploiter » son
oeuvre commercialement lui-même mais
cède ce droit à une société de
production.
En animation, les métiers pouvant prétendre
au statut d'auteur sont les suivants :
• Le réalisateur
• Le scénariste / adaptateur
• Le dialoguiste / auteur du doublage
• Le compositeur de musique


C'est le texte résultant d'une négociation
entre les syndicats et organisations professionnelles
du milieu de l'animation. Il donne les lignes
directrices qui doivent être respectées
par les parties en matière de salaire,
de protection sociale, de métiers couverts,
etc.
Chose très importante, la Convention
Collective Nationale de la Production de Films
d'Animation est, depuis le 18 juillet 2005,
considérée comme « étendue »,
c'est à dire qu'elle s'applique à toutes
les sociétés de production d'animation,
qu'elles soient ou non adhérentes des
syndicats signataires.
Cela veut dire, entre autres, que les grilles
de salaires données dans la Convention
Collective sont censées être respectées
par tous...
La Convention Collective définit entre
autres la liste des métiers de l'animation,
qui permettent de bénéficier
du statut ASSEDIC d'intermittent.
Cette liste est la suivante :
Filière
Réalisation (2D/3D)
|
1
Réalisateur
2 Directeur artistique
3 Directeur d'écriture
4 Chef story-boarder
5 Story-boarder
6 1er Assistant réalisateur
7 Script
8 2e Assistant réalisateur
9 Assistant story-boarder |
| Filière
conception |
10
Directeur de modélisation
11 Chef dessinateur d'animation
12 Superviseur de modélisation
13 Chef modèles couleur
14 Dessinateur d'animation
15 Infographiste de modélisation
16 Coloriste modèle
17 Assistant dessinateur d'animation
18 Assistant infographiste de modélisation
19 Assistant modèles couleur |
| Filière
lay-out (2D/3D) |
20
Directeur lay-out
21 Chef feuille d'exposition
22 Chef lay-out
23 Vérificateur lay-out
24 Animateur feuille d'exposition
25 Dessinateur lay-out
26 Infographiste lay-out
27 Traceur lay-out
28 Détecteur d'animation
29 Assistant lay-out
30 Assistant infographiste lay-out |
| Filière
animation (2D/3D) |
31
Directeur animation
32 Chef animateur
33 Responsable des assistants animateurs
34 Animateur
35 Animateur adjoint
36 Chef assistant
37 Assistant animateur
38 Animateur retouche temps réel
39 Intervalliste |
| Filière
décors rendu et éclairage |
40
Directeur décor
41 Directeur rendu et éclairage
42 Chef décorateur
43 Superviseur rendu et éclairage
44 Décorateur
45 Infographiste rendu et éclairage
46 Assistant décorateur
47 Assistant infographiste rendu et éclairage
|
| Filière
traçage, colorisation, scan |
48
Chef vérificateur d'animation
49 Chef vérificateur trace-colorisation
50 Chef traceur
51 Chef de la colorisation
52 Vérificateur d'animation
53 Vérificateur trace-colorisation
54 Responsable scan
55 Traceur
56 Assistant vérificateur d'animation
57 Assistant vérificateur trace-colorisation
58 Préparateur - vérificateur
scan
59 Gouacheur
60 Opérateur scan
61 Coloriste |
|
| Filière
intégration, compositing (2D/3D) |
62 Directeur
intégration numérique
63 Directeur compositing
64 Chef intégration numérique
65 Chef opérateur banc-titre
66 Chef compositing
67 Cadreur animation
68 Opérateur intégration numérique
69 Opérateur compositing
70 Opérateur banc-titre
71 Opérateur capture de mouvement
72 Assistant opérateur intégration numérique
73 Assistant opérateur compositing
74 Assistant opérateur banc-titre
75 Opérateur digitalisation |
| Filière
volume |
76 Chef animateur volume
77 Chef décorateur volume
78 Chef opérateur volume
79 Chef plasticien volume
80 Chef accessoiriste volume
81 Chef moulage
82 Animateur volume
83 Décorateur volume
84 Plasticien volume
85 Opérateur volume
86 Accessoiriste volume
87 Technicien effets spéciaux volume
88 Mouleur volume
89 Assistant animateur volume
90 Assistant opérateur volume
91 Assistant plasticien volume
92 Assistant accessoiriste volume
93 Assistant décorateur volume
94 Assistant moulage
95 Mécanicien volume |
| Filière
effets spéciaux (2D/3D) |
96 Directeur des Effets Spéciaux
97 Directeur des Effets Visuels Numériques
98 Superviseur des Effets Spéciaux
99 Superviseur tournage des Effets Visuels Numériques
100 Matt painter
101 Infographiste des Effets Spéciaux
102 Opérateur des Effets Visuels Numériques
103 Assistant infographiste des Effets Spéciaux
104 Assistant des Effets Visuels Numériques |
| Filière
production, régie (2D/3D) |
105 Directeur de production
106 Directeur technique
107 Superviseur
108 Chef de studio
109 Responsable de post-production
110 Administrateur de production
111 Chargé de production
112 Comptable de production
113 Régisseur
114 Planificateur de post-production
115 Assistant au chef de studio
116 Secrétaire de production
117 Assistant à la production
118 Assistant régisseur |
| Filière
exploitation, maintenance (2D/3D) |
119 Directeur d'exploitation
120 Responsable d'exploitation
121 Superviseur transfert numérique
122 Ingénieur système
123 Ingénieur réseau
124 Opérateur système
125 Opérateur réseau
126 Opérateur transfert numérique
127 Assistant d'exploitation
128 Assistant opérateur transfert numérique |
| Filière
recherche et développement
(2D/3D) |
129 Chef
de projet R&D
130 Développeur
131 Assistant développeur |
|
La Convention Collective définit également
parmi ces métiers lesquels ont un statut
de cadre et lesquels de non-cadres.
A noter pour les barèmes salariaux,
que ce sont généralement ceux
des salariés sous contrat à durée
déterminée dit « d'usage » qui
seront à appliquer.
Comme vous êtes gentils, voici un petit
PDF fait maison de ladite Convention Collective.
Il est tout moche, mais c'est l'info qui compte.
Merci à pixelcreation.fr d'avoir mis
ce texte en ligne :
Lien
vers le
fichier PDF (846 ko)

Ben, souvent un mix de plusieurs d'entre eux.
Exemple : mettons que tu crées ton entreprise
uni-personnelle qui te permet de travailler
en indépendant pour des travaux graphiques
divers. Les travaux purement techniques seront
facturés aux clients de la manière
classique. En revanche, pour les créations
artistiques relevant du graphisme, il sera
plus intéressant de passer par la Maison
des Artistes et de se faire payer par droits
d'auteurs par le biais d'un contrat de cession
des droits d'exploitation. Il y a en effet
beaucoup moins de charges sociales par ce biais.
En animation, un réalisateur sera généralement
payé de deux manières : une partie
pour la prestation technique, en tant que réalisateur,
et par le biais d'un CDD d'usage ; l'autre
en tant que réalisateur-auteur par le
biais d'un contrat de cession de droits d'auteurs.
Le premier contrat ouvre l'accès aux
ASSEDIC d'intermittent, sur la base seule du
salaire perçu dans le cadre de ce CDD,
l'autre au statut d'artiste-auteur, mais uniquement
sur le montant de ses droits d'auteurs.
Dans la plupart des cas, les gens travaillant
dans l'animation à des postes « techniques » bénéficieront
d'un CDD d'usage seul. Il faut bien s'assurer
que l'intitulé du poste corresponde à l'un
de ceux de la liste ci-dessus, pour éviter
les complications inutiles avec les ASSEDIC
ensuite.


L'utilisation du CDD d'usage par les sociétés
de production françaises frise souvent
l'abus, voire la mise systématique des
employés en situation précaire
: il n'est pas rare de n'avoir que des contrats
d'un mois, renouvelés chaque mois pendant
toute la durée de la production ; cette
pratique douteuse, contraire à l'esprit
de l'article 1.4 de l'accord interprofessionnel
du 12/10/1998, se conjugue parfois avec le
fait de ne donner le contrat qu'en fin de mois
avec la fiche de paye, parfois même non
signé, afin, par exemple, de déduire
les jours non travaillés pour maladie...
Non seulement cette pratique est totalement
illégale (la signature d'un contrat
doit précéder le début
de la période travaillée), mais
elle est carrément dangereuse pour le
salarié, qui n'est pas couvert par les
assurances de la société en cas
de problème durant les heures de travail.
Sans compter les sociétés qui
arrangent le nombre d'heures travaillées
sur le contrat de façon à respecter
le barème de salaire horaire de la Convention
Collective mais en notant moins d'heures que
les heures réellement travaillées
pour réduire le coût, pratique
là-encore préjudiciable au salarié qui
non seulement touche moins mais a également
plus de mal à atteindre son quota de
jours travaillés pour bénéficier
des ASSEDIC.
La plupart de ces pratiques condamnables s'appuient à la
fois sur la vision romantique qu'un artiste
doit se sacrifier pour pouvoir faire ce travail
que tout le monde lui envie et à la
fois sur le fait que c'est un petit milieu
où tout le monde se connaît, et
qu'un fauteur de troubles se verra évincé à l'avenir
dans les productions.
Un peu mafieux, tout ça.
Et bien sur illégal et contribuant à mettre
les salariés dans ces situations assez
précaires.

Evidemment, toutes les maisons de production
ne se laissent pas aller à ce genre
de pratique. Mais dans le doute, il fait toujours
bon de poser quelques questions de ci de là avant
d'accepter un emploi, histoire de savoir à quelle
sauce on va être mangé. Le monde
de l'animation est petit, cela doit fonctionner
dans les deux sens.

Voilà en gros : j'espère que
vous en sortez plus savant et que vous vous
sentez prêt for « ze hard
struggle for life in the animation world ».
Si vous avez des questions précises,
n'hésitez pas à les remonter
sur le forum des fous d'anim, on fera éventuellement
un addendum plus technique à cet article.
Richard Van Den Boom aka
rvdboom
avril 2006
Illustrations extraites du catalogue de la manufacture
d'armes et cycles de StEtienne, 1928
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