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Tricky Women festival 2012, Vienne, Autriche

Je viens de rentrer de Vienne, où j'étais invitée au Tricky Women festival 2012. Un festival organisé par des filles, avec pour principe de diffuser uniquement des films réalisés par des filles (ou au moins à 50%).

Le festival fort de sa 11ème édition, n'est pas ce que l'on appelle un "gros" festival. Mais c'est un festival à taille humaine et au public très sympathique. Toutes les projections de la compétition se déroulaient au Topkino, un ciné/bar/restaurant. Cette année le jury était composé de Adele Raczkövi, réalisatrice autrichienne de films d'animation, Shelley Page de Dreamworks et Judith Gruber-Stitzer compositrice et sound designer, qui a travaillé sur de nombreux films de l'ONF.

Côté compétition de belles découvertes:

How To Raise the Moon de Anja Struck, film en stopmotion, noir et blanc, intriguant!

Partition de Eleonora Berra, Shami Lang-Rinderspacher et Delia Hess, film en stopmotion.

Deux personnages isolés l'un de l'autre par un mur de papier communiquent par un jeu d'ombre et de lumière.

Sleepincord de Marta Pajek Une jeune fille rêve, on la suit dans différents espaces. On est perdu, difficile de déterminer si c'est toujours le rêve ou la réalité. Parfois le personnage est acteur de son rêve, puis passé un nouvel espace il devient une véritable marionnette dirigée par les autres acteurs du rêve.

Le film mérite un deuxième visionnage. Même si je n'ai pas complètement accroché à l'esthétique, j'ai été bluffée par la sensibilité de l'animation.

Independencia de Espirito de Marta Monteiro, dont j'ai beaucoup aimé le traitemant graphique. Trailer à voir ->ICI<- et un extrait sur un site portugais.

The Brown's Daughter de Coline Brun-Naujalis, Trailer à voir ->ICI<-

How Life Tastes de Soyoung Hyun, Extrait 1, Extrait 2

Spin Span Spun de Emily Howells et Anne Wilkins, visible en intégralité ->ICI<-, était dans la sélection Animated Documentaries

SPONCHOI Pispochoi de Ikue Sugidono et Miyako Nishio, un film/chanson japonnais complètement allumé, un extrait visible ->ICI<-

J'ai aussi découvert le travail de Janet Perlman qui a donné une conférence à l'Austrian film museum sur "The Serious Side of Funny". Elle a beaucoup collaboré avec Judith Gruber-Stitzer à l'ONF. Sur son site vous pouvez trouver ses films tels que Bully Dance, ou Why Me? dont je n'ai trouvé que la version française dommage...

Bilan: Pour les fous qui seraient amenés à se rendre aux prochaines éditions, je recommande vivement ce festival! Et Vienne est une très chouette ville à découvrir!

Anima 2012, Palmarès



C'est un film coréen, l'étrange The Wonder Hospital de Beomsik Shimbe Shim qui décroche le prix du jury international de cette édition 2012 du festival Anima. Le prix de la fédération Wallonie Bruxelles va lui à La boîte de sardine de Louise-marie Colon (le film a une page sur le site de Camera, etc...). Le meilleur film étudiant revient a Shattered Past de Boris Sverlow, et c’est Arrugas qui décroche le prix du public (lire le billet que j'ai écris sur le film) enfin le prix professionnel va à l'excellent Luminaris de Juan Pablo Zaramella.
Lire le reste du palmarès sur le site du festival

The wonder hospital étant visible intégralement en ligne, j'en profite pour le mettre ici.
Rendez-vous l'année prochaine, du 8 au 17 février 2013, à Bruxelles.

Anima 2012, jour 3

Troisième et dernier jour placé pour moi sous le signe de Futuranima, le label "pro" du festival qui regroupe workshops et conférences plus axés sur la prospective et l'envers du décors.

Conférence Layout

Conférence de Fraser MacLean en présence, disons avec le support discret de Roy Nesbitt, pour la sortie du livre du premier intitulé Setting the scene qui parle de l'histoire du Layout, secteur meséstimé de l'animation. Roy Nesbitt n'est autre que le layout artiste de Roger Rabbit, entre autre, sémillant vieil homme.

Bien qu'au rythme haché par les incessantes - et selon moi dispensables - traductions de l'anglais (Fraser MacLean ayant une diction fort claire et cherchant à se bien faire comprendre) et souffrant parfois d'une continuité un peu décousue, la conférence était vraiment intéressante, notamment grâce aux anecdotes et documents présentés, à priori présents dans le livre pour ceux que ça intéressera.



Fraser MacLean travaille dans l'animation mais y est venu par un chemin détourné, la conférence détaillait surtout son parcours et sa découverte du Layout assez tardive malgré son expertise qui l'a mené jusqu'au poste de coordinateur artistique sur le Tarzan des studios Disney. Ayant fait des études de design en écosse puis de montage et de son, il a toujours regretté de ne pouvoir intégrer à sa pratique professionnelle ses talents de dessinateurs et notamment son sens de la lumière. Il nous a montré des dessins réalisés pendant ses études et c'est vrai que c'était d'excellent facture. Suite à une petite annonce, il s'est retrouvé intervalliste animateur des ombres sur Roger Rabbit et a continué dans la publicité en suivant son directeur et mentor de l'époque Chris Knott. Il l'a suivi chez Passion Pictures, a travaillé un peu sur le logiciel Animo, puis sur le film SpaceJam et enfin sur Tarzan (pour coordonner les animations 2D et 3D) où son intégration au studio Disney lui a permis d'appréhender enfin la chaîne complète de fabrication d'un film d'animation qu'il connaissait de façon très parcellaire. C'est là qu'il a eu la révélation, en piochant dans les archives, que le Layout faisait toute la mise en scène. Il reproche notamment aux animateurs de ne se soucier que de l'animation des personnages alors que tout le reste compte, décors, positionnement dans le décors, interactions, mouvements de caméras, etc.

On a pu voir d'intéressants documents sur les caméras multiplanes, chez les Fleischer, chez Ub Iwerks puis chez Disney, avec une décomposition du premier plan de Pinocchio avec ses 11 niveaux.

La conclusion était une phrase de Ken O'Connor, légende disneyenne du Layout ;"le layout tient la bourse de la production".

Je vous laisse méditer.

Et Roy d'ajouter qu'il n'avait jamais compris pourquoi on traitait son domaine d'animation 2D, lui qui a toujours pensé ses layouts dans un espace tridimensionnel, le tout illustré de ses layout sur Roger Rabbit ou sur The Thief & thé Cobbler, perspectives virtuoses tordues en bananes ou fer à cheval. S'il n'a pas beaucoup parlé lors de la conférence, le vieux sage était ensuite au bar, entouré de jeunes admirateurs, avides des conseils en échange d'une petite bière. Je ne médis pas, c'est lui même qui le disait !

La seconde conférence était intitulée : un diplôme, et après ?

Coanimée par Jeremie Mazurek, cofondateur des studios de l'Enclume, et Steven de Beul, fondateur de Beast Animation spécialisé en stopmotion.

Mi française mi néerlandaise, la conférence est du genre indispensable pour les étudiants en fin de cursus et devrait être obligatoirement au programme de toute formation d'animation. Car le but était simplement de partager leur expérience, l'un sortant de la Cambre école d'arts visuels de Bruxelles, l'autre de RITS école audiovisuelle de Bruxelles aussi, sur le milieu professionnel, comment les choses se sont présentées pour eux, quelles ont été leurs erreurs et réussites, le tout de façon très informelle, même si leur expérience avait valeur universelle.

Si la conférence avait un rythme qu'on aurait aimé condenser (surtout quand vous devez attraper un train comme c'était mon cas), les conseils étaient pleins de bon sens, enfin, au moins ceux qui étaient donnés en français et que j'ai pu comprendre : savoir se présenter, cibler ses démarchages, soigner ses courriers, donner des démos en DVD ou des supports qui restent, soigner son site web, connaître le domaine d'intervention de ses interlocuteurs, ne pas se dévaluer…

Le problème du prix était le plus délicat pour ces jeunes créateurs, ils se sont rendus compte que trop chers, ils ne pouvaient entrer dans le milieu de la production de court métrage, pas assez, ils n'étaient pas crédibles dans la publicité. Impossible donc de deviser correctement un projet sans en délimiter clairement les ambitions et le contexte.

En gros, il faut aussi savoir se créer des contacts, camarades de promo, et notamment aussi dans les festivals qui sont l'occasion de nouer des contacts professionnels. La boucle est bouclée. Sans être des success story fabuleuses, les récits de ces deux réussites avaient de quoi donner envie et rendre crédibles ces conseils.

Bon, voilà, j'ai aussi réussi à aller voir la séance rose & violette, avec le film qui a donné son nom à la séance, coproduction ONF réalisé par Claude Grosch et Luc Otter avec la belle histoire de deux siamoises par le bras embauchées comme acrobates dans un cirque. Si la technique affiche un peu trop son origine numérique à mon goût j'ai trouvé le scénario attachant. Il y avait également le notable Tuurngait, conte inuit réalisé à Supinfocom Arles par Paul-Emile Boucher, Remy Dupont, Benjamin Flouw, Mickael Riciotti et Alexandre Toufaili, artistiquement très réussi.

C'est tout pour cette fois en ce qui me concerne, j'espère avoir été les yeux, les oreilles et le ventre des fous qui n'auront pas pu venir, je posterai ici le palmarès quand il sera connu, le festival durant jusqu'à dimanche au soir. Je remercie une fois de plus les organisateurs pour cette invitation à passer ces quelques jours très plaisants.

Patamod-Olé !

Oué, le titre est facile mais j'ai découvert un univers dont je ne soupçonnais simplement pas l'existence : le stopmotion espagnol avec le studio Conflictivos et son réalisateur animateur principal : SAM.

Ayant travaillé chez Aardman, Sam réalise des films de façon indépendante depuis 2003. Comment ça se fait que je ne sois jamais tombé sur son travail depuis, ça reste un mystère pour moi…

La séance de soirée de ce mercredi présentait donc l'intégrale de son oeuvre en présence de l'auteur, cabot et rigolard qui faisait traduire en espagnol les propos qu'il prononçait en anglais, le tout principalement en animation de patamod mais pas seulement. Et l'univers de ce monsieur est assez étonnant : trash, parodique, humoristique, ça ne fait pas dans la dentelle… Encarna (2003) est par exemple l'histoire d'une femme au foyer qui tue toute sa famille parce qu'on ne la laisse pas regarder ses telenovelas.

Mais si on n'est pas forcément très amateur de genre d'histoire (moi je le suis, modérément mais quand même), il faut bien reconnaître que la technique est simplement redoutable, s'élevant à la hauteur des productions anglaises. L'animation est très bien faite et les festivaliers d'Anima ont pu se rendre compte de la qualité des modèles et décors parce qu'une exposition très didactique des principaux décors des films projetés était présentée au troisième palier du Flagey. Le dernier film Vicenta est même franchement réussi, mais comporte des scènes sexuellement très explicites… Je me suis dit que c'était peut-être ça, avec le coté trash, qui faisait qu'on ne pouvait voir ces films que dans un circuit spécifique.

Je vous fais une petite sélection de photos pour l'occasion.



Le site officiel du studio existe, proposant un show reel un peu petit, mais il existe un DVD de l'intégrale du studio, pour les amateurs de la technique c'est un must-have.


Alois Nebel

Alors ça c'était le truc que je voulais voir en venant ici. Film Tchèque de Tomas Lunak, Alois Nebel est un long métrage en noir et blanc réalisé en rotoscopie et animation. Il était présenté par une délégation de trois personnes : la maire de la ville où se passe le film venue présenter sa région avec discours en anglais en bonne et due forme, le scénariste musicien et le réalisateur.



En 1989, Alois Nebel est le chef de gare d'une petite station du nom de Bily Potok de ce qui s'appelle encore la Tchecoslovaquie. Il est obsédé par les horaires de train et par des souvenirs d'enfance, quand un train est parti pour l'Allemagne et qu'il a vu une scène qui hante ses journées.

Interné pour ces troubles, il rencontre un muet fraichement arrivé interrogé par la police secrète qui se balade avec une vieille photo où figure le père de Nebel. A sa sortie de l'asile il a perdu son poste et part à Prague pour essayer de régler une situation administrative absurde, perdu dans un monde brumeux.

Je m'attendais à un film plus spécifiquement axé sur les traces de la seconde guerre mondiale. Bien sur il y a cette référence mais elle est ténue et le film raconte accessoirement une vengeance qui est plus personnelle qu'historique. Et surtout le personnage central n'est qu'un observateur dans un monde brumeux, réglé par ses manies, son quotidien, taiseux, mutique, observant avec neutralité les petits trafics de ses copains de bistrot avec l'armée russe.

Si le film a emporté un grand succès en république Tchèque l'an dernier, c'est probablement parce que l'histoire de ce chef de gare a une dimension nationale, cet observateur, marqué par le souvenir de cette violence, perdu, qui cherche à se reconstruire dans une société qui le relègue à la marge est extrêmement forte.

Le film est lent et parfois difficile à comprendre, les dernières pièces de l'intrigue se positionnant en toute fin. C'est surtout une histoire de reconstruction, d'un personnage attachant et de son histoire d'amour un peu sordide mais touchante.



Le film est réalisé en rotoscopie avec des parties animées, surtout les mains et visages. Ça fait parfois l'effet de voir les personnages glisser dans les décors et l'impression qu'ils portent des masques mais le parti pris radical est bien exploité, graphiquement fort, entre Renaissance et Valse avec Bashir, l'interprétation est assez efficace et les personnages ont une présence très forte. Le réalisateur a dit à la salle comble de ce soir qu'il avait mis cinq ans à réaliser ce premier film et qu'il fallait chercher dans le nom du héros le sens de son film : Nebel signifie Brouillard en allemand, mais à l'envers LEBEN il signifie vie.

Un beau film, intense et construit avec beaucoup d'efficacité et de style, j'ai beaucoup aimé.

La bonne nouvelle c'est que le film doit sortir en France en mars et qu'il dispose d'un site officiel bien fichu.