Voici Bill, le grand bill, le "gros" bill, qui obtient le tour de force d'être doublement présent cette année dans la compétition, section long métrage et section courts métrages, nul ne sait s'il a le double de tickets resto mais ça le vaudrait bien.
;) Alors Bill était dans la salle ce matin au décavision, soulignant la solennité de cette première projection européenne en 35mm de son film, son préféré, celui qu'il veut si différent, plus sombre, idiots and Angels



Le film raconte le quotidien morne d'une sorte de VRP qui se réveille, prend sa douche puis sa voiture pour écluser des verres dans un troquet sombre. Les personnages sont comme sur une scène de cabaret, au nombre de quatre ; une grosse cliente qui joue aux cartes, le patron du troquet, sa femme, jolie fille qui balaie le plancher, plus un client de passage.

Le VRP est méchant, vulgaire, bagarreur. C'est le Mauvais, celui qui devra chercher la rédemption, même si finalement tous les personnages sont peu amènes, les "idiots" du titre c'est eux tous. Car le VRP a des ailes qui lui poussent dans le dos, des ailes molles et spongieuses qu'il cherche à masquer et découper mais qui reviennent. Dotées d'une personnalité propre, les ailes sont Bonnes et empèchent le personnage de faier ses habituelles mauvaises actions.
Les ailes, après avoir provoqué la moquerie grimaçante des habitués du troquet vont provoquer l'envie du patron, personnage odieux et cupide. Voila pour l'histoire qui se termine étonnament en happy-end classique.

Pour le reste, le film est du Plympton pur jus, on y retrouve les cadrages grand angulaires, les visions subjectives délirantes (on boit en voyant la partie inférieure de la mâchoire, on regarde au travers des paupières...), les personnages caricaturaux et grimaçants, marshmallows extensibles.
Le dessin est parfois un peu paresseux ou alors il y a une volonté de stylisation qui est effectivement un peu nouvelle pour ce que j'en connaisse. La gamme colorée est plus terreuse, plus sombre mais on reconnaît le style si caractéristique du grand monsieur.

La musique est assurée par Tom Waits, un gars sympa qui a accepté de lui faire un prix vu qu'il n'a pas d'argent (l'anecdote est de lui) et de Pink Martini groupe polyphonique dont fait partie son frérot (autre anecdote du monsieur).

Pourquoi n'ai-je pas adhéré alors ? Parce que j'aime Plympton sur du sprint, ses claques drôles comme des strips, qui usent une idée jusqu'à la corde. Le film est un peu trop sombre, misanthrope, l'étant moi-même j'aime mieux qu'on me présente mes contemporains comme des gens intelligents et positifs plutôt que comme la brochette de crétins cupides qu'ils sont probablement. La rédemption incroyable, le rachat final, le thème même me semblent incarner un peu trop une morale judéo-chrétienne un peu éculée, l'idéal étant visiblement d'avoir un petit pavillon de banlieue avec un jardin fleuri et une jolie femme dans son lit. Après tout pourquoi pas.

Mais de la part de l'incarnation de l'Amérique anticonformiste, délirante et drôle, j'espérais autre chose, sans trop savoir quoi.

Le site officiel ? Quand même...