Donc, les programmes... le détail ici.

Pas d'animé

Tout d'abord, il faut bien rappeler que Hiroshima est un festival ASIFA d'animation international. On y retrouve le même genre de films qu'à Annecy, Zagreb ou autre festival. Ça veux dire qu'il n'y pas ou peu d'"Animé" comme les fans aiment bien appeler l'animation japonaise que le grand public appellera plutôt "Manga". Les programmes spéciaux sont plutôt Paul Driessen, ou Piotr Dumala que Evangelion ou Gundam. Il y avait quand même une rétrospective Tezuka.

Dans la compétition, assez peu de films japonais : 3, à comparer aux 10 français, 13 anglais et 14 russes (les plus gros contingents, sauf erreur de ma part), sur un total de 76 films sélectionnés seulement.

Le programme " japan anim today"

Il y a eu un programme panorama de l'animation contemporaine au Japon. On a pu y voir des films très variés, depuis les abstractions sensibles et poétiques de Maya Yonesho (Vienna Mix) au "Child metaphysic" de Yamamura Koji (en panorama à Annecy), en passant par un clip déjanté du studio 4°C, des BA de jeux vidéos, un peu de Motion graphics, ou un "manga" classique façon Taniguchi. Mais j'ai pas gardé la feuille de programme, et le site du festival ne donne pas les détails.... alors désolé.

En tous cas ce programme montrait qu'il existe une scène variée au Japon.

La compétition

Il faut rappeler que le festival est bi-annuel, et qu'il n'a pas de catégorie. Court métrages, films étudiants, pubs, séries télés, films de commande, spéciaux TV sont réunis en une seule compétition, réunissant donc 2 ans de production mondiale. 76 films, c'est pas beaucoup ! Evidemment dans ces conditions, on comprend bien que les programmes sont plutôt bon et agréables à regarder. Le comité de sélection aurait été bien maladroit de pas trouver 76 films sympa sur les 1700 qui lui ont été proposés.

Tous les films présentés étaient de bonne facture : bonne anim, narration impeccable (chacun dans son style), belle image... rien à dire.

Un tiers des films (j'en ai compté 26 sur 76) étaient des comédies. En ajoutant une dizaine de contes pour enfants très mignons, ça faisiat bien la moitié du programme qui était composé de films légers et simples à regarder. (ne pas lire cette phrases de façon négative : il faut beaucoup de talents pour faire ces films, et ce sont de très bons films, chacun dans leur genre). Je citerais en exemple assez typiques de cette partie de la programmation "Oktapodi" (Gobelins, cartoon 3D avec des poulpes qui fuient le poissonnier), "Minuscules" (Thomas Szabo, les insectes 3D dans un décors réel) ou "Zhiharka" (Oleg Uzhinov), ce petit conte russe adorable.

Beaucoup de nostalgie aussi, entre autres avec les très beaux "Le Coeur est un Métronome" (Jean-Charles Mbotti Malolo, film que nous avons 'raté' à la sélection d'Annecy) ou "La Maison en Petits Cubes" (Kunio Kato, grand prix d'Annecy et prix de la Ville d'Hiroshima).

Mais les films en compétition sont très loin à mon avis de refléter la production mondiale. Pas de films évoquant les tendances actuelles du graphisme, pas ou presque pas de films mélangeant les genres. Rien ou presque de dérangeant ou d'un peu osé. Il n'y avait pas de films tels que "meet the walrus" ou "chainsaw".

C'est un vrai regret, pour ma part. J'ai eu l'impression de déguster de merveilleux gâteaux traditionnels, pas de découvrir une gastronomie nouvelle. Mais bien sûr ce n'est qu'une opinion personnelle.

Quelques films ont quand même survolé la compétition : "Madame Tutli-Putli" (Chris Lavis et Maciek Szczerbowski) a impressionné par sa technique et son univers. Et bien sûr "Un médecin de campagne" (Koji Yamamura) repars avec le grand prix.

Le fonctionnement de la sélection

Un des truc bien à Hiroshima, c'est qu'on peux facilement rencontrer les gens. J'ai donc pu cuisiner un membre du comité de sélection, et recouper ses informations avec celles obtenues auprès d'un autre membre par une amie.

Donc, le comité est resté 19 jours (!) à Hiroshima et a vu 1700 films environ. Si on compte une journée ou deux de repos, plus un temps de discussion finale, ça doit faire dans les 100 films par jours. Difficile de connaitre la durée moyenne des films, mais la durée de projection supportable par jour doit être dans les 10 heures, en comptant les temps de pause indispensables. 100 films par jour, ça veux dire aussi, en théorie 100 discussions. A supposer qu'on ne discute que 1 mn ou 2 par films, ça fait déjà 2 à trois heures de discussion, à ajouter aux heures de diffusion.

Inutile de dire que c'est ingérable.

Dans la plupart des festivals, pour résoudre ce problème, il existe une sorte de guillotine : les jurés peuvent demander à interrompre la projection d'un film. Quand tous les jurés ont demandé cela, la projection est interrompue et le film éliminé. Puis la sélection se fait parmi les films qui ont échappé à ce traitement.

A Hiroshima, étant donné le nombre de films (rappelons : toutes catégories confondues, sur 2 ans), la méthode est encore plus radicale. Chaque membre du comité doit interrompre chacun des films dès qu'il juge en avoir vu assez pour le juger et le noter. Pour noter, les jurys disposent de points à distribuer entre les films (par jour ? par heure ? je ne sais pas ) Ensuite, une moyenne est faite, et les films sélectionnés ou non en fonction de cette moyenne (et il semble, sans discussion approfondie).

Cette interruption peux se faire parce que le juré a déjà vu le film. Mais il doit être rare que les jurés aient tous vu un film. Donc finalement, ça veux dire que beaucoup des films sélectionnés (parmi les plus longs) n'ont pas étés vu en entier par tous les jurés. Celui qui m'a raconté ça ne cachait pas qu'il avait des regrets en voyant certains films jusqu'au bout...

A noter qu'à ma connaissance, le seul festival à 'assumer' ce problème est le Siggraph, qui demande au moment de soumettre un film de préciser "quelle minute du film doit être visionnée en priorité en cas de manque de temps".

Le palmarès est

"Kafka : a country doctor" de Yamamura remporte le grand prix (1 million de Yens, 6000€)

"La maison en petits cubes" de Kunio Kato remporte le tout aussi prestigieux prix de la Ville d'Hiroshima (1 million, idem) et le prix du public

Le Coeur est un Métronome" (Jean-Charles Mbotti Malolo) remporte le prix "débutants"

Le reste, je vous laisse voir sur le site.

Yamamura recevant son prix. A droite, les autres vainqueurs. Derrière, la mascotte la plus laide du monde.


Voilà, j'arrête là ce compte rendu. N'hésitez pas à me poser des questions sur le forum ou à me donner votre avis sur le mode de sélection. Les habitués du forum savent que c'est mon dada....