Annecy 2009
Annecy 2009, vu de mes yeux.
Par Kataplonk, mardi 16 juin 2009 à 01:58

N'ayant pas eu facilement accès à un ordinateur durant cette semaine plus que dense, ce n'est que maintenant que je cause un peu sur le festival. J'ai eu l'occasion de coréaliser l'un des courts-métrages d'ouverture, Dodudindon (passé jeudi et samedi, et également derrière la brume de la cérémonie de clôture, youpi), et c'est assez étrange de voir le résultat sur les toiles, après avoir passé plus de cinq mois à quatre sur ce très très court d'une quarante-huitaine de secondes qui semble en durer à peine vingt tant les péripéties s'y s'enchaînent rapidement. Je retiens de cette expérience qu'il n'est pas forcément nécessaire de créer toute une histoire avec scène d'exposition (ayant requis presque vingt secondes dans notre cas, argh !), déroulement et chute sur une durée si réduite, et pour un film censé mettre en appétit les festivaliers. Si je devais refaire un générique, j'essaierai sans doute de partir d'avantage sur quelque chose de visuel et graphique avec tout un tas d'images fortes et de jeux sur les rythmes et la musique plutôt que sur une véritable histoire, si concise soit-elle.
Le film est bien évidemment différent de ce que je m'imaginais au départ, mais j'ai eu la chance de travailler dans des conditions parfaites, sans prises de têtes ni de becs, avec trois chouettes personnes avec du talent dedans. Cela dit, réaliser un film à quatre reste assez fatiguant et parfois un peu frustrant, je ne suis pas sur que la démocratie soit la solution dans le cas d'une production : le vieux principe du réalisateur omnipotent et de ses multiples sous-fifres et sous-sous-fifres marche à mon avis mieux qu'une brochette de quatre réalisateurs jouissant du même pouvoir de décision, si bien élevés et diplomates soient-ils.
Je suis aussi surpris de la facilité avec laquelle les thèmes donnés (l'Allemagne et la danse) passent parfois à notre insu au second voire au troisième plan quand ils ne sont pas totalement écartés... En regardant le résultat, mes trois compères et moi même, on s'est rendu compte que la danse était beaucoup moins présente que ce qu'on imaginait lors du développement (où il était d'avantage question de rapprocher les mœurs de séduction de la société de la fin du dix-neuvième siècle aux parades nuptiales des oiseaux, avec toutes ces gestuelles étranges et codifiées et ces apparitions de plumes spectaculaires que ça implique). Et de plus, mazette, on s'est rendu compte qu'on avait fait une course poursuite alors qu'on s'était mis d'accord pour éviter de tomber dans ce motif archi vu et revu par le passé. C'est assez déconcertant de voir à quel point le projet s'affranchit parfois des volontés de départ de ses créateurs, il vit sa vie avant même d'être fini, le coquin, il emprunte des chemins de traverse sans scrupules, la crapule... Bref, l'honneur est sauf, il s'agit plus d'un jeu amoureux à la fuis-moi-je-te-suis-suis-moi-je-te-fuis qu'une course poursuite belliqueuse sur fond d'explosions diverses... No war, vive l'amour et longue vie à la joie.
Dommage par contre que le son ait été aussi faible, grosse déception. Rien à voir avec les essai de projection en 35 mm auxquels j'ai pu assister précédemment, quelle désappointement de voire le 5.1 réduit à ce qui m'a donné l'impression d'être un son mono sans saveur venant de derrière l'écran. Il paraît que chaque année c'est pareil, mais on fait rien. Tant pis (ci-dessous, voici l'une des recherches graphiques)

Je ne m'étendrai pas sur les séances diverses après avoir lu les comptes rendus très complets de Cé, Tony et Cobayanim. Je garde en tête quelques perles comme Chick, avec ses graphismes stylisés et son rythme éffrené (même si la fin était fort décevante), L'ondée, splendide poésie contemplative et épurée sur la pluie et l'attente, Retouche, qui donne l'impression de visiter l'esprit en ébullition d'un artiste à la recherche d'idées, Dopolnitel'nye vozmozhnosti pyatachka, et son univers délicieusement absurde, El empleo, jolie leçon de rythme et très belle parabole sur l'exploitation de l'homme par l'homme, et A matter of loaf and death (même s'ils ne se renouvellent pas des masses, je reste un fan de Gromit et Wallace).
Dans les films étudiants, je retiens Signalis, qui certes est un peu long et anecdotique mais je me souviens avoir bien apprécié l'idée, la réalisation et le rythme, Volgens de vogels, splendide petit bijoux évoquant Le hérisson dans le brouillard de Norstein (certes le graphisme, assez classique, n'est pas très révolutionnaire, mais il est d'une finesse et d'une beauté qui aurait tout à fait pu faire figurer ce film dans la catégorie courts-métrages en compétition selon moi) (j'aurai été comblé de le voir recevoir un prix mais bon, tant pis, la vie continue...), 0200, ou une histoire de bébé qui pleure, et d'un couple qui veut dormir, l'animation était admirable et la stylisation en triangles de tissus des personnages l'était tout autant, je crois me souvenir avoir également beaucoup apprécié le rythme, Facteur Mineur, où même si l'histoire n'est pas très bien servie par la réalisation (j'ai eu du mal à comprendre), je l'ai trouvé visuellement très très beau, tout comme l'atmosphère très particulière, Leitmotif, pour ses designs dignes des Triplettes de Belleville et ses graphismes délicieusement rétros. Farewell, où un ours blanc nous chante une chanson alors que son iceberg fond, c'est très court, drôle, cynique (il faut dire aussi que je suis sensible à ce type de thématique), et For Sock's Sake, pour l'idée et l'animation des vêtements très maitrisée ainsi que le très bon rythme. Cela dit j'ai trouvé la fin un peu en dessous du reste...
Dans les longs, j'ai fortement apprécié Panique au Village, je ne pensais pas que ce type d'animation fonctionnerait sur une heure vingt. Certes sur la fin on commence à sentir le temps passer, mais avant c'est un pur régal. Coraline, of course, qui fut d'une richesse et d'une beauté visuelle épatantes, avec parfois de vrais morceaux de frayeur dedans, ce qui est une très bonne chose pour les enfants j'en suis convaincu (et pour les autres également). My Dog Tulip, tristement oublié du palmarès. Je pense qu'un prix aurait pu booster comme il le méritait la carrière de ce très beau film (je ne sais pas si une sortie en France est prévue), film émouvant et drôle en même temps, au graphisme original donnant l'impression d'assister à quinze ans de la vie d'un couple atypique à travers un carnet de croquis. Le trait peu assuré et hasardeux donne une très belle sensation de liberté. J'ai également profité du festival pour revoir Brendan et le secret de Kells. J'avais gentiment aimé la première fois, et après l'avoir revu j'ai adoré. La stylisation des personnages et des décors ainsi que la bande son (magistrale, n'ayons pas peur des mots) donnent au film une atmosphère très particulière et merveilleusement celtique. Le film comporte également des moment durs pour les moins de huit ans, mais je persiste à penser que c'est une bonne chose (puisque la vraie vie n'est pas rose, il faut que les enfants le sachent). Je n'ai pas pu voir Les lascars...
Mais j'ai pu voir Mary and Max.
Une claque, les enfants, une claque. L'équivalent d'une heure trente deux minutes de montagnes russes émotionnelles, en allant du rire au rire en passant par les larmes et en y revenant par la suite. L'atterrissage est difficile et il faut être un vrai dur pour pas pleurer en sortant de la salle. L'animation n'a pas grand chose à envier au film d'Henri Selick (il faut voir Mary marcher et mâcher, c'est aussi tordant que les soupirs de cheval d'Harvie Krumpet), et visuellement, la noirceur du récit imprègne chaque décor et chaque personnage et donne une très belle cohérence à l'œuvre (j'estime qu'ils auraient pu lui donner les deux cristaux du long métrage ex-æquo). J'ai rarement été aussi touché par un film, et du coup je sais pas si j'oserai le revoir, peut être que l'émotion sera beaucoup moins présente, voire absente...
Bien sûr il y avait aussi çà et là quelques bouses dans la programmation. Sans aller jusqu'à qualifier de la sorte le court-métrage Pixar 2009, Partly cloudy, celui-ci m'a bien déçu (dommage car son réalisateur, très sympathique, nous a fait une conférence fort dynamique et bien généreuse). En regardant le film, j'ai eu l'impression d'assister à suite de gags sans conclusion (la fin est sans grand intérêt). Dommage car le thème laissait imaginer de bien belles choses visuelles et narratives. J'ai l'impression que l'histoire a été un prétexte à aligner les épisodes comiques (et encore, c'est pas très très amusant) sans réelle justification ni progression. Mais il faudrait que je le revoie...

Que dire d'autre, si ce n'est d'affligeantes banalités, comme le centre-ville est décidément très beau, ou le temps était superbe, et l'eau du lac pure et claire comme celle de la fontaine de la chanson. Le principal est que dans le train, en revenant du festival, j'ai ouvert mon carnet à idées saugrenues et ai écrit des tas de trucs, étant comme les trois années précédentes pris d'une très grosse envie de réaliser un film, quelque chose, n'importe quoi pourvu que ça puisse être projeté sur une toile. Le festival reste une semaine extrêmement motivante et stimulante, pourvu que ça dure...
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