La création marocaine
Ecrit par Cobayanim, le mercredi 12 mai 2010 à 20:56 , dans Meknès 2010
Le Festival est également une bonne occasion de découvrir l'évolution du cinéma d'animation marocain, à laquelle il a d'ailleurs participé à travers les ateliers et la mise en place du prix Aïcha. Chaque année, des étudiants de différentes écoles d'Arts du pays sont triés sur le volet pour participer à un atelier story-board pendant le FICAM. Cette année c'est le réalisateur Serge Ellisalde qui s'en est chargé et chacun a pu développé son propre projet, affichés ensuite dans le hall de l'Institut. Parmi ces étudiants, un nouveau tri s'effectue et seulement certains peuvent participer à l'atelier de réalisation qui se tient avant la prochaine édition du festival (atelier que nous avons animé Gabriel Jacquel et moi). Et je vous en ai déjà parlé, cette année il y avait également l'atelier croisé Mosaïque du Monde mené par Samuel YAL et Amine Beckoury. Cette atelier a été diffusé une nouvelle fois Dimanche matin et a suscité débat et intérêt. Ces initiatives permettent de créer des vocations et de former sur le tas des jeunes qui seront peut-être le futur de l'animation marocaine. Ceux qui veulent participent enfin au Grand prix Aïcha de l'animation, qui récompense des projets en devenir et accorde un budget au réalisateur pour faire son film, la plus grande contrainte étant qu'il puisse être projeté l'année suivante au FICAM. Trois films ont ainsi été aidés, qui malgré leurs défauts de jeunesse ont le mérite d'exister. Ce qui le manque le plus au Maroc étant un réel accompagnement en dehors de manifestations comme le FICAM, pour transformer et faire évoluer ce potentiel. Nous avons également vu des exercices d'écoles (audiovisuel/communication/nouveaux média) intéressants, qui montrent que l'envie et les compétences sont là . Certains projets aboutissent et on parle même de faire des long-métrages. Il manque le petit coup de pouce qui permettrait une cohésion de ces élans, il faudrait un investissement de l'état et une volonté d'aider la création d'animation marocaine avec la mise en place de quotas pour la télévision.
Atelier Mosaïque du Monde
Atelier story-board
Depuis sa création, beaucoup de marocains intéressés par le domaine se sont croisés au FICAM. Ces recontres ont donné lieu à des initiatives et notamment à un nouveau festival basé à Casablanca, qui se veut plus ancré sur le Maroc : Casanim'. Lancée par des anciens du FICAM qui ont créé une association appelée ANIMAROC, l'évènement est tout jeune puisque sa première édition était en Avril. Le public visé est différent et se concentre sur la jeune génération d'artistes marocains, qui estiment ne pas être assez représentés sur le FICAM. En effet, le festival de Meknès est résolument tourné vers l'Internationale et compte de très nombreux invités français et étrangers (ce qui s'explique par le fait qu'il est organisé par un Institut Français). Les réalisateurs marocains sont moins mis en avant, ce qui peut donner lieu à des frustrations. Casanim' vient donc en quelques sorte compléter le FICAM et comble un manque d'espace dédié aux talents marocains. Les projections et programmes y sont non-compétitifs.
Deux tables rondes thématiques étaient consacrés au cinéma d'animation marocain (et maghrébin). Une première sur les pionniers du Maghreb et l’influence de l’Europe de l’est. En effet, presque toute la première génération des réalisateurs de films d'animation maghrébins a été formée en Europe de l'Est et notamment en République tchèque, creuset de talent internationalement reconnu. Les deux réalisateurs présents, Hamid Semlali (Maroc) et Mahjoub Zouhaier (Tunisie) ont relaté leurs expériences et ont décrit l'évolution de l'animation au Maghreb. Ils disent être marginalisés et finalement très peu connus des nouvelles générations. La relève n'est pas encore là , il y a des gens qui essayent de faire des films mais pas d'argent pour concrétiser des projets ambitieux. Là encore, la conclusion de la séance fut qu'il faudrait une décision politique pour développer ce secteur économique. Pour finir, deux jeunes réalisateurs marocains travaillant à l'étranger nous ont fait partager leurs expériences.
Mahkoub Zouhaier et ses marionnettes
Amine Beckouri est l'exemple même des vocations que peuvent entraîner le FICAM. Ayant participé au premier workshop story-board puis à un atelier de réalisation avec Luis Briceno dans lequel il fabriqua avec d'autres étudiants la bande-annonce 2006 du festival, il découvre une autre facette de l'animation. En effet, au Maroc les jeunes ne connaissent presque que les dessin animé japonais et les séries étrangères, qui passent à la télévision. Faire de l'animation en volume avec peu de moyens, en utilisant du bric à brac, lui donne des idées et il décide de poursuivre dans cette voie en faisant de l'animation pour son projet de fin d'étude. Il co-réalisera avec des camarades un clip pour la chanson Blad Skizo de Hoba Hoba Spirit. Pour en savoir plus sur la construction de marionnettes et autres problèmes techniques, il s'est beaucoup aidé de tutoriels trouvés sur Internet et du site Fous d'Anim, à qui il a rendu hommage. Le plus difficile dans ce projet était de tenir les délais car il voulait projeter le film en avant-première pour le FICAM 2007. Ce qu'il réussit à faire. Le film gagna un prix l'année suivante et connu un petit succès dans la presse et les médias. Amine fut engagé rapidement après sa sortie de l'école, pour travailler sur des séries TV et des publicités. Il commença également à animer des ateliers pour enfants. Pendant le FICAM 2008, il reçu une proposition de Franck Petita? directeur de de l'école Méliès, pour poursuivre exceptionnellement ses études en France sans avoir à payer l'école. Amine finit donc actuellement cette école qui lui permet de se former à l'animation 3D et travaille sur le film de fin d'étude, dont il nous a montré quelques extraits. Il compte ensuite chercher du travail en France pour gagner sa vie mais n'abandonne pas l'idée de revenir plus tard au Maroc, pourquoi pas pour monter une boîte de production. Le terrain est vierge et il y a pleins de choses à faire.
Slimane Aniss est né en France de parents marocains et dessine depuis son plus jeune âge. Lui aussi fan d'animation japonaise, il fait des études de graphisme et tente plusieurs fois les Gobelins avant d'être pris à l'ESAAT de Roubaix, duquel il sort en 2005. Il travaille ensuite en freelance et réalise des spots de publicités. En parallèle, il développe avec Charles Lefebvre et Thierry Rivière le projet Baïdir, série ambitieuse et feuille-tonnante de 26x26 minutes. Pour attirer des producteurs et diffuseurs, l'équipe a réalisé en un mois un très joli teaser avec l'aide d'une dizaine d'étudiants. Cette vidéo a ensuite été montré au concours de projet d'Annecy en 2009 et suscite beaucoup d'intérêt, mais pour l'instant le projet n'est pas encore lancé. Espérons qu'il puisse trouver les financements nécessaires à son aboutissement... Slimane a déjà travaillé à Casablanca et n'exclut pas lui aussi de revenir occasionnellement au Maroc.















