Premier long métrage en compétition que je vois, Arrugas de l'espagnol Ignacio Ferreras est raccord avec la thématique Espagnole de l'édition 2012 du festival. Le coscénariste est venu présenter le film, auréolé de la gloire toute récente de deux Goyas (les Oscars espagnols) pour le meilleur film d'animation et la meilleur adaptation, le film étant tiré d'une bande dessinée de Paco Roca qui porte le même nom.



Arrugas signifie "ride" en espagnol, le film raconte l'histoire d'un vieux banquier, Emilio, que son fils décide de placer en maison de retraite suite à des pertes de mémoire et des confusions. Atteint d'Alzheimer, on va suivre la progression de la maladie et voir le personnage décliner, entouré par de nouveaux amis dont Miguel avec qui il partage une chambre, un petit escroc sympathique qui profite du système et pose sur ses condisciples un regard réaliste, le seul.

Le film est un subtil travail de réalisation, un vrai travail sensible et réussi pour ce qui est de montrer le reste d'humanité qui habite des institutions où sont collectivisés les problèmes liés à l'âge tout en nous faisant partager la confusion du personnage principal. Le sujet est traité avec intelligence évoquant la promiscuité, l'ennui, les différentes formes de sénilité, les obsessions, l'absence de visites, la tentation du suicide...

Peut-être parce qu'il évite le coté sordide, les odeurs d'urine, les maltraitances, le film parvient à rester positif et devient même une sorte d'Amelie Poulain du 4e âge (Amélie Rossinante, hu hu), mélangé à Vol au dessus d'un nid de (vieux) coucous et parvient même au tour de force d'une sorte de happy ending.

Bien sûr le film n'évite pas tout à fait le coté tire-larme, à cause notamment d'une musique un peu dramatisante, l'usage de flash-back rieurs et on aurait peut-être aimé que les possibilités de l'animation soient utilisées avec un peu plus d'audace, un peu comme de Riz et d'Arménie sur un sujet équivalent.

D'autant que la technique 2D utilisée en raison du fait qu'il est adapté d'une bande dessinée, manque singulièrement de qualité et de subtilité. Evidemment ça n'est pas indigne, j'ai bien aimé les designs des personnages, hérités de la bande dessinée, mais le sujet aurait pu gagner à être traité avec une animation plus subtile pour mieux retranscrire les lenteurs et la mobilité si spécifique à l'âge, on aurait pu imaginer ajouter des reflets pour rendre un peu plus le coté hygiénique du lieu, enfin des détails de ce genre.



En tout cas, pour avoir fréquenté comme beaucoup ces institutions gériatriques, je peux dire que le film est très efficace pour rendre cette sensation d'errance dans un lieu qui ressemble à un collège de province flambant neuf. Et l'émotion est bien là à si j'en crois le nombre de froissements de mouchoirs que j'ai pu entendre en fin de projection, je garde en mémoire - comme beaucoup - l'histoire charmante du vieux couple au nuage et celui d'un film au ton juste, qui cherche à positiver mais qui donne une vision un peu désabusée de la vieillesse.

En tous cas c'est aussi cette particularité du festival Anima : le film était projeté en version originale espagnole, sous titré dans l'image en anglais et sous l'image en français et en néerlandais. Et la sortie de la salle résonnait d'un tas de langages variés assez réjouissant.. Capitale européenne for ever.