Annecy 2012
Début de festival, compétition premier programme
Par Cé, mardi 5 juin 2012 à 12:38
Comme quoi Annecy est bien le Cannes du cinéma d'animation, on se paye le même temps sur les rives du lac que sur la croisette il y a quelques semaines : gris et pluvieux. On vit une amélioration aujourd'hui soit mais je trouve que l'organisation aurait pu graisser deux ou trois pattes pour arranger un peu ça. Ça fait quand même quelques festivals où on se tape un temps pourri… Bon.. vous me direz qu'on passe notre temps dans des salles obscures et qu'on se fiche pas mal de ce qui se passe dehors mais quand même, devoir trouver une terrasse abritée pour boire un godet avec les copains en soirée est un peu ennuyeux.
Bref.
La carte prestigieuse de presse dont on nous a gratifié jipé et moi au titre de Fous d'Anim ne nous aura pas permis de décrocher le sésame de la soirée d'ouverture. Pas de magasin des suicides pour nous, allez donc voir du coté de Focus on Animation pour voir s'ils auront eu plus de chance et si vous voulez un premier avis sur le film.
Résultat aller voir la conférence de Leconte n'aura pas grand intérêt aujourd'hui mais on peut déjà parler de ce qu'on a vu hier. J'ai donc vu le premier programme de court métrage en compétition et les films d'étudiants, premier programme aussi.
J'avoue avoir eu plus de plaisir au second programme qu'au premier. Il est évidemment difficile de se faire une idée de la totalité de la sélection sur un seul programme mais j'avoue être resté sur ma faim
:
L'Mrayet, de Nadia Raïs, Tunisie.
Film sur la prédestination et l'endoctrinement en peinture numérique animée et rotoscopie. Sans être indigent le film ne m'a pas spécialement passionné. Un carton au début dit que le film a été fait sous Ben Ali, on a un peu l'impression qu'il doit en partie sa présence au festival pour cet engagement dans le printemps arabe.

Wolf Dog tales, de Bernadine Santistevan, US.
Un film sur les loups en sable numérique et avec des dessins ethniques indiens d'Amérique. Sans intérêt ni grâce spéciale. Je ne résiste quand même pas à vous mettre le portrait de la réalisatrice inclus dans le dossier de presse

One minute puberty de Alexander Gellner, allemagne
Ce film a fait le tour du net à une époque. Vif, rapide, virtuose, il perd un peu à être vu ainsi sur grand écran où ses défauts apparaissent. Bizarrement, alors qu'il dure 1'40, il parait même presque trop long. N'empêche c'est une belle synthèse des soucis d'adolescence d'un jeune garçon. Le film est visible sur vimeo.
Chase de Adriaan Lokman, France & Pays bas
Mission impossible avec des triangles, poursuites, trains, explosions. Une course poursuite à l'américaine mais avec des petits polygones dans des espaces virtuels infinis et éclairés. Triangle bleu est poursuivi par rouge, il fornique avec rose et va dégotter un rond. On va se la jouer Télérama pour celui-ci : pour et contre.
Pour : c'est un film réduit à sa plus radicale structure et c'est finalement assez ironique de voir qu'un film reste compréhensible avec des moyens si drastiquement réduits graphiquement.
Contre : le film ne raconte rien, c'est une sorte de BarCode fusionné avec Logorama. En si j'écris ça c'est que c'est le réalisateur du premier avec le producteur du second. Ça n'est finalement guère plus qu'une animatique sonorisée d'un film qu'on aurait déjà vu ou un générique de James Bond comme le disait Meule avec un soupçon de perfidie.
Le film était projeté en relief, ce qui n'amène pas grand chose de plus qu'une céphalée.
Macka de Ghoran Stojnic, Croatie
Un chat, un corbeau, une vieille dame qui ouvre sa robe, des gouttes de sang, une pie.. Film en peinture animée avec un compositing pas trop réussi à mon goût (trop numérique), assez imbitable.
7596 frames de Martyin Georgiev, Bulgarie
Avec un rendu CGi très graphique, en noir et blanc, une masse bipède de cubes agglomérés lutte contre un flux de scories noires qui se collent à lui, formant au final un scolopendre géant qui avance avec peine et s'arrache des morceaux qui partent dans le flux. Le tout au son tonitruant d'une musique electro. Clipesque, le film sans être désagréable n'est pas spécialement marquant.
The centrifuge Brain project de Till Nowak, Allemagne
Film gag, un savant en blouse, en prise de vue réelle, nous dit qu'ils ont découvert que le cerveau apprenait mieux quand il était soumis à des mouvements. Il nous parle de leurs essais de machines et ont décidé de placer leurs expérimentations dans des fêtes foraines avec des manèges délirants comme par exemple des grandes roues imbriquées dont le tour dure 14h. 
Drôle, avec des FX bien intégrés, le film joue sur la surenchère jusqu'à l'absurde. Il a un trailer sur vimeo.
Seven minutes in the varsaw ghetto de Johan Oettinger, Danemark
Film en stomotion avec des yeux incrustés « à la Tutli Puttli », en noir et blanc. Un garçon s'ennuie alors que sa mère et sa grand mère cuisinent de misérables légumes. Le garçon sort dans une ville en ruine et désertée. Par un trou dans le mur, le garçon repère une carotte à moitié pourrie en dehors du ghetto. Pour s'occuper il cherche à la récupérer avec un fil de fer. De l'autre coté des allemands voient le fil, sortent un mauser et tirent dans le trou. Fin.
Difficile de dire quoi que ce soit à part "Ach. La guerre große Malheur.", c'est un film bien fait mais qui est tellement misérabiliste et illustrant le titre de façon littérale qu'il est difficile d'être vraiment touché.
Tsukumo de Shyuhei Morita, Japon
Dans un nippon médiéval un voyageur dans la forêt est surpris par une tempête et se réfugie dans un cabanon abandonné. Le cabanon est hanté par des esprits, il va donc passer la nuit à se battre à coup d'ombrelles et de couture, car le gros balèze musculeux est en fait un artisan doué qui se balade avec sa mallette de couture. Rendu en 3D cartoon genre Borderland (le jeu). Sympathique, sans plus. Le comique naît du contraste entre le personnage baraqué qui fait des travaux manuels de fillette... Un peu léger.
Daffy's Rhapsody de Matthew O'Callaghan, US
Elmer Fudd va au théâtre. Malheureusement pour lui c'est un spectacle de Daffy Duck qui chante son malheur d'être éternellement chassé. Le sang de limier d'Elmer ne fait qu'un tour, il troque son queue de pie contre son costume de chasse et son flingue et poursuit le palmipède sur scène et dans les coulisses.
Film en relief, c'est une sorte d'hommage aux cartoons légendaires de la Warner mais sans la grâce ni l'inventivité des modèles originaux.
Le film est l'illustration d'une chanson enregistrée en 1950 par Mel Blanc himself, l'homme aux mille voix, pour des 45 tours vendus l'époque. C'est donc les voix originales des personnages mais il faut bien dire que c'est la seule chose d'originale.
Daffy a un pelage moiré de nouveau riche passé à la moulinette du CGi et le film surexploite les effets de relief. C'est une sorte d'exercice de mémoire qui ressemble plus à un saccage mais on est dans la lignée des Bipbip. Moi je dis "à quoi bon ?" mais la salle semblait enthousiaste et il faut bien contenter tout le monde…
Je continuerai sur les films étudiants quand j'aurai plus de temps. J'ajouterai aussi quelques images à l'occasion.
Je suis allé ce matin à la conférence sur l'Hybridation où j'ai retenu quelques informations que je partagerai aussi à l'occasion.
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