Annecy 2012

seeeeeeeeeerge !


C'est donc officiel : après quatorze années à occuper différents postes au sein du festival d'animation d'Annecy, Serge Bromberg passe la main et laissera ce soir la fonction de Délégué artistique du festival à une autre personne.
Avant Annecy, je connaissais surtout Serge Bromberg comme présentateur de l'émission Cellulo sur la cinquième chaîne. J'ai eu l'occasion de l'approcher un peu lors du travail de sélection auquel j'ai participé à Annecy et j'ai découvert un homme charmant, accessible et d'une compagnie incroyablement agréable, quand bien même mon tempérament presqu'exactement inverse me le rende très intimidant.

Serge c'était l'interface avec le public, avec les auteurs et les studios. On lui a reproché son coté un peu chien fou énervant, ses questions provocantes, son attitude tour à tour Auguste et Clown blanc, parfois un peu lourdingue, sa fascination pour les productions mainstream d'outre atlantique notamment disneyiennes. Mais c'est surtout une personnalité reconnue pour ses compétences, ses connaissances, son aisance avec le public et les auteurs, sa diplomatie et sa gentillesse. Il était la personnalité la plus visible de ce festival et c'est indiscutablement une page qui se tourne.
C'est vrai aussi que ce dynamique délégué a aussi une boite de production, Lobster Films puis Steamboat films, spécialisées dans les films anciens, qu'il est directeur de collection chez Arte Video, c'est aussi un réalisateur de documentaire, primé notamment avec un césar pour son film sur Clouzot, c'est un des responsables de la restauration et du documentaire du Voyage dans la Lune de Georges Mélies, pour ne citer que son activité récente. On sait que s'il abandonne sa fonction au Citia, il n'en abandonne pas pour autant le festival qu'il fréquentera sans avoir la poche qui vibre à coup d'appels téléphoniques toutes les deux minutes. On ne peut que lui souhaiter de réussir dans ses projets et espérer que le festival d'Annecy conserve son enthousiasme sans le plus enthousiaste de ses représentants.

Annecy 2012

Cafés et jus d'orange, version 5.0


Derniers petits déjeuner de cette édition, de quoi glaner les informations complémentaires aux projections. Cependant la formule est un peu victime de son succès, dix réalisateurs étant présent, on arrive à un quota de six minutes d'entretien par film. Quand on compte en plus les temps de traductions pour les réalisateurs non anglophones, ça devient effectivement assez court pour aller au fond du processus de réalisation qui fait l'objet de ces échanges.

Finissons donc :
Aalterate, Christobal avec Oliveira, séance de l'avant veille : film qui explore la psychés d'un femme. Absence volontaire de narration interprétable librement, l'auteur parlant du principe de mutation. Le film se prolongera en exposition, installation…

Provheti Sund avec Rao Heidmets en anglais hésitant et au vocabulaire assez réduit. On a quand même compris que le film avait nécessité deux années de production avec trente personnes (notamment au tricotage des marionnettes) avec seulement deux animateurs.

LI LI TA AL avec Akihito Izuhara. La langue du film est volontairement incompréhensible : elle est imaginaire… Difficile de le savoir à l'avance pour une audience occidentale pour qui le japonais a tous les attributs d'une langue imaginaire. Quoi qu'il en soit le réalisateur semble avoir voulu faire une expérience proche du jeu vidéo dans lequel il travaille aussi, ce qui a permis à Serge Bromberg de sortir une ou deux âneries sur le domaine.

Una furtiva lagrima avec Carlo Vogele. Référence à des souvenirs d'enfance, le père du réalisateur étant amateur d'Opera. Ça l'a amusé de faire chanter des poissons, muets par nature, dont la physionomie n'exprime pas d'émotions et avec lesquels il est difficile de rentrer en empathie. La réalisation a quand même été assez éprouvante au niveau culinaire et hygiénique, les acteur nécessitant d'être oint d'eau ou d'huile pour qu'ils paraissent un tant soit peu frais…

Waiting for her sailor de Bill et sa femme. Une illustration du dogme plymptonien : Short, Cheap & Fun. L'idée date de 1999 quand Bill produisait de petits films pour internet avant que cette économie ne s'avère improductive. Sa femme a déniché le concept et les dessins dans les cartons et l'a donc finalisé. Leur prochain projet commun est un bébé, façon d'annoncer au monde entier qu'ils attendent un petit Lucas… Si si…

Junkyard, avec Hysko Hulsing. Habitant Amsterdam le réalisateur a commencé à fumer de l'herbe à 13 ans, il a eu une expérience psychotique à 17 et a décroché ensuite. Mais pas mal de ses copains ont continué dans la drogue dure et ce film est une sorte d'évocation de ces souvenirs même si l'auteur affirme qu'il n'a pas voulu transmettre de message particulier. Le réalisateur ressemble d'ailleurs assez étonnament à ses personnages... Il est conscient des clichés que véhiculent son film sur l'environnement et l'éducation. Le film a été produit sur cinq ans, le réal vivant de travail de storyboard dans la publicité.

Das haus de David Buob. L'auteur avait cette envie de réaliser un film en plan séquence. Je n'ai rien noté de plus, je crois que j'étais un peu distrait.

Beluga avec Shin Hashimoto. Le réalisateur est venu avec sa productrice qui finance le collectif dont il fait partie avec Mirai Mizue, en compétition aussi. Je suis rassuré parce que le réalisateur a dit qu'il n'avait pas non plus encore compris le sens de son film. Il a déclaré que tout était imagination. Nous voila rassurés…

Kali avec Regina Pessoa. La réalisatrice, contrite, a commencé à s'excuser pour la projection foirée de la veille, visiblement mal à l'aise. Serge Bromberg a expliqué les procédures du festival, identiques à celles de Cannes. Bref, impossible de savoir qui on doit pendre mais c'était fâcheux et c'est surtout les réalisateurs dont les films étaient projetés en 35 mm (10 seulement cette année) qui étaient déçus de voir leurs oeuvres "trahies". Sinon… Mme Pessoa a parlé de la crise et des problèmes qu'elle avait malgré sa petite notoriété à réunir les fonds pour faire ses films. D'où la multiplication des co-producteurs et financiers sur Kali. Elle était chagrinée et quasiment indignée en disant que le CNC portugais ne lui donnerait peut-être pas cette année d'aide à l'écriture pour son prochain film. Les cuistres...
Sinon, Kali a été réalisé entièrement numériquement, sur Photoshop CS4 à la Cintiq. Des passages sont en 3D retouchés.

Edmond était un âne avec Franck Dion. Franck a parlé du travail d'écriture qui a été assez long et du montage financier qui a été assez facile : produit par Papy3D, le film a intéressé Arte puis l'ONF qui sont entrés en coproduction. Avec une référence lointaine à Bartleby, the Scrivener de Melville, histoire d'un employé de bureau, selon Franck, Edmond est surtout un âne dans un monde l'étalons, le cadrage cinémascope contribuant à isoler ce petit personnage dans un immense décor.

Ayé, c'est donc fini pour de bon pour cette édition. J'ignore ce que deviendront ces petits déjeuner du court métrage. Même s'ils sont toujours insuffisant pour approfondir le travail des réalisateurs, je continue de les trouver intéressants pour expliciter les films vus la veille.



Les photos sont dans l'ordre d'apparition.

Annecy 2012

Le Lorax


Je n'ai pas grand chose à dire sur ce film, que j'ai trouvé plaisant mais simpliste. C'est une histoire morale sur l'écologie et le remord.
Un jeune capitaliste idéaliste décime une forêt pour produire un machin en tissu. Il se lie avec les animaux et l'esprit des arbres, le Lorax, génie moustachu qui le morigène sans cesse. Mais aveuglé par l'appât du gain il provoque une catastrophe écologique qui transforme le monde en désert aride, fait fuir les animaux et le Lorax, ami déçu. Beaucoup plus tard, un jeune garçon d'une ville en plastique cherche à replanter un arbre pour séduire son écolo de copine. Mais le petit capitaliste qui dirige la ville en s'appuyant sur son industrie d'air pur ne le voit pas de cet oeil.
Exploitant très bien la technique du relief, le film se laisse voir mais on sent bien que l'histoire, adaptée d'un livre du Dr Seuss, a été étirée sur la longueur.



Le film était présenté par les réalisateurs Chris Renaud et Kyle Balda et par Pierre Coffin qui faisait partie de l'équipe. Ils ont présenté en avant première la bande annonce de Moi moche et méchant 2 et un court métrage de Pierre Coffin : deux créatures squash&stretch se fourrent les doigts dans les trous et ne parviennent pas à se les en sortir. Bof…

Annecy 2012

Dédicaces


En vrac : Bill Plympton, Sephy (Romain Pergod), Pascal Campion avec, derrière, Boulet et Nicolas Liguori en bas, qui fait un peu peur mais qui est très gentil en vrai.

Annecy 2012

Zewebanim au Nemours


Je n'ai pas trouvé le temps de m'y rendre mais heureusement que d'autres y sont allés : je veux évidemment parler des conférences de Zewebanim à Annecy organisées avec l'atelier des AAA. Voici un petit billet d'Anne-lise Baider. Merci à elle.

Le festival d’Annecy, ce n’est pas que le Bonlieu, le Décavision, la salle Lamy et la Turbine !
Il y a aussi le Nemours squatté par l’incontournable Alexis Hunot le matin de 9h00 à 12h00. Je me doutais ce que serait intéressant, mais les prestations d’Alexis ont dépassé mes prévisions.
L’accueil café croissant nous met en bouche. Puis, réunis dans une petite salle de cinéma, Alexis nous régale de ses programmes variés et originaux. Au menu : présentation de films d’étudiants, puis deux invités qu’il interviewe, la parole est ensuite donnée aux participants, le tout est entrecoupé de courts-métrages ou d’extraits de longs.
Certains rapprochements méritent d’être signalés ici : La Règle du Jeu de Renoir et Le Tableau de Jean-François Laguionie pour les relations entre les classes sociales, les chasseurs et les proies, les exploiteurs et les exploités, et ce dans un espace délimité. Les propos du réalisateur et de la scénariste du film éclairaient Le Tableau sous un autre jour et éclaircissaient les zones d’ombre du film, notamment dans le rapport entre les différents espaces, mais aussi quant au travail de création lui-même.
La matinée sur le cinéma d’animation japonaise qui sort des sentiers battus était également très instructive et l’invité Ilan Nguyen passionné et passionnant. L’ambiance est chaleureuse et détendue. Souhaitons que ces matinées aient encore cours l’année prochaine.



Le dessin ci-dessus est de Kiwi (Claire Trollé) qui nous l'a gentiment transmis. Il a été croqué le premier matin, lundi, où le thème de la conférence était sur les formations d'animation en France. L'auteur précise la légende suivante :
1 - Marcel Villoing pour les Gobelins
2 - Bernard Gabillon pour l’ESAAT
3 - Laurent Pouvaret pour La Poudrière
4 - Jean-Pierre Denève pour l’ESAAT
5 - Marie Paccou pour le DMA de Cournon d’Auvergne

Annecy 2012

Ernest & Célestine


Happy few et VIP étaient serrés dans la salle du Décavision hier soir pour assister à la première de Ernest et Célestine. Si une bombe avait explosé dans la salle, l'industrie de l'animation française aurait été décapitée… Et l'audience en a eu plein les mirettes avec pour mise en bouche et en exclusivité 12 minutes du troisième Kirikou Kirikou et les hommes et les femmes actuellement en production à Paris, le tout introduit par Michel Ocelot en personne.



Kirikou et les enfants de son village sont confrontés à un enfant touareg. Pourquoi est il blanc et habillé alors qu'eux sont noirs et nus ? Est-il malade ? Généreux et humaniste comme à son habitude, le petit kirikou démontre ses qualités humaines face à un inconnu et à la méfiance générale.
Maintenant tout en CGi après Azur et Asmar et Princesses et Dragons, j'ai trouvé que la technique asséchait un peu le rendu graphique des personnages, les décors étant comme d'habitude de toute beauté. On attendra de voir l'ensemble pour se faire une idée mais la surprise n'est plus là, pas plus que le gracieux minimalisme même si on sent que des efforts sont faits pour essayer de conserver l'esprit du premier.

Ensuite nous avons eu donc Ernest et Celestine en présence des trois réalisateurs - Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier - et de la voix de la souris, Pauline Brunner, fille du producteur et actrice très convaincante. Je le dis tout de suite : j'ai trouvé le film adorable, superbe et d'une infinie grâce tout en ayant un coté mutin et vif. Si je savais que le film parlait de la relation d'amitié liant deux êtres que tout sépare (un ours et une souris), je craignais que l'histoire ne soit un peu trop enfantine et verbeuse. Mais le film est au contraire plein d'action et de rebondissements. Les deux personnages sont en rupture avec les conventions sociales de leurs espèces respectives. On s'identifie à cet ours insouciant et bourru (oui.. bon.. surtout moi) et à cette souris artiste et rebelle qui se lient d'amitié. Le couple est craquant, les voix sont extraordinaires (Lambert Wilson donne la réplique dans le rôle de l'ours) et les chansons (rares…) sont de Thomas Fersen. Une réussite totale qui fera un tabac, je l'espère, en tout cas hier soir la production a eu droit à une longue standing ovation méritée. J'ai hâte quant à moi de revoir ce film avec ma petite famille.

Annecy 2012

Ronal le Barbare


Haaaaa quelle déception. Fini l'humour trash et scato des années folles, nos danois déjantés (Terkel in trouble, Journey to Saturn) ont viré mainstream et ce Ronal n'est qu'une parodie gentillette, un "Dragons" un peu cuir et SM, orienté Heroic Fantasy classique.

Ronal est chétif et malingre mais c'est le dernier Barbare libre. Pour libérer ses frères il doit aller chercher l'épée de Kron, seule arme capable de percer l'armure du méchant. Il s'adjoint les services d'un barde obsédé, d'un elfe tarlouze et d'une guerrière vachement plus balèze que lui pour mener sa mission à bien.
Certes il y a encore des passages cocasses, comme la potion d'invisibilité dont il oublie de s'oindre les testicules : tout le passage d'infiltration dans la tour des elfes se fera donc par un petit sachet de cuir qui se baloche de droite et de gauche mais le reste est tellement convenu que mon voisin et moi avons piqué du nez au plus mou de l'action.
Bah…
Le film doit sortir en DVD et BluRay en Novembre en France.