Festivals divers
Une chti au SICAF (Seoul International Cartoon & Animation Festival)
Par Laurène, mercredi 24 octobre 2012 à 21:07

Un aperçu de l'ani-center, le pôle animation de Séoul et de la Corée du Sud.
Cette année je n’ai pas pu aller à Annecy. Je m’apprêtais à arborer l’été avec le sempiternel « c’est PO juste ! » vêtue d’une seyante coquille d’œuf comme pare soleil !
Mais voilà Bi bam boum, je suis invitée au SICAF (Seoul International Cartoon & Animation Festival) Ni une ni deux, crème solaire et guide de conversation de coréen en poche je prends l’avion pour Séoul en ce 16 juillet 2012, et me voilà complètement perdue dans la cité (immense) et prête à me jeter dans les salles de projo histoire de faire le plein d’animation pour l’été :).
Séoul, une ville de contrastes ![]()
Tiens parlons en des projections : durant les 5 jours que durait le festival, j’ai été surprise de constater que la plupart des séances ne comptaient qu’une dizaine de spectateurs en moyenne. Pas de délégation étudiante, quelques petits studieux de ci de là, le jury, un curieux et quelques professionnels, invités pour la plupart. Habituée des salles bondées de Bonlieu, vous imaginez le choc ! La progammation est celle de la plupart des gros festivals, on retrouve toujours les même films. J’ajouterais même que je la trouvais plutôt consensuelle et l’intérêt du festival se trouve ailleurs. Je retrouvais donc Kali de Regina Pessoa, Wild Life de Wendy Tilby (qui est passé assez inaperçu, dommage car il sortait vraiment du lot), le dernier Schwizgebel, le dernier Driessen, La Détente de Pierre Ducos et Bertrand Bey (ce film me suit mon Dieu à chaque fois je tombe dessus il a d’ailleurs été primé), The people who never stop de Florian Piento et plein d'autres...



La Détente (en haut), un des films coup de coeur du jury. Personnellement un film prisonnier d'une dénonciation naïve et illustrative de la guerre.
Revenons à nos moutons, mais où se trouvait donc le public ? Et bien à un des plus gros centres commerciaux d’Asie le COEX. Cette ville dans la ville abrite la plus grosse convention d’animation de Corée. Une sorte de fusion entre le Mifa et la Japan expo. Une foule immense, un stand Gundam qui devait bien prendre ¼ du salon, des petits coréens allant de stand en stand sans jamais lever la tête de leur smartphone. La cérémonie d’ouverture s’est déroulée justement au COEX mais autrement j’ai regretté de constaté le manque de porosité entre l’exhibition et le festival de court métrage lui-même. (Pour l’anecdote on nous a gentiment guidés à la cérémonie alors que c’était en fait la répétition ! Ici tout est calé au millimètre mais paradoxalement les couacs d’organisation furent nombreux : en tant que « guest » au vu du programme je devais me rendre dans deux évènements différents aux même moments ce qui a valu quelques rebondissements assez comiques).
Donc, ce que je retiendrai du SICAF c’est la ribambelle de volontaires pour l’organisation, tous à vouloir t’aider, une ambiance bonne enfant et quelques moments privilégiés : Le Séoul ani-center un grand pôle d’animation où se trouve une salle de cinéma dédiée à l’animation, une bibliothèque/médiathèque et de nombreux ateliers d’animation dont une mémorable salle dédiée à la stop-motion pour les enfants. Une exposition sympathique dont une partie relatait l’aventure du film Winter days basé sur une série d’Haiku . Winter Days est un travail regroupant plusieurs animateurs/animatrices japonais et quelques invités prestigieux tels que Raoul Servais, Yuri Norstein etc…. Film multiple qui où chaque réalisateur interprète un Haiku, une tentative de traduire la poésie pas l’image.
Nous avons eu la chance d’être invités au studio Meditation with a pencil, où se tenait une petite soirée: ce fut un réel plaisir de discuter avec de nombreux animateurs, réalisateurs. Comme tout le monde était paumé (beaucoup de réalisateurs de premiers films venant d’un peu partout) cela favorisait l’échange. Alors que tout le monde partait on a eu la chance d’avoir une petite interview improvisée avec le réalisateur de Green Days (trailer), Ahn Jae-hoon. Il nous a fait découvrir le studio, flatté notre petit égo de francais en parlant de l’accueil de son travail en France (Annecy, etc …), mais surtout nous a parlé de la difficulté de faire un film d’animation en Corée (10 de travail dont 7 de productions !). Je lui ai demandé si le studio accueillait d’autres réalisateurs pour des courts métrages, ou s’ il y avait des échange avec d’autres studios etc…. Réponse brève et claire ! « Il n’y a qu’un seul réalisateur ici c’est moi, s’il advenait que quelqu’un d'autre prenne les rênes c’est que je serais mort ». Réponse donné avec humour....Mais quand même :). Bizarrement je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Ghibli et le sacro saint gourou Miyazaki. Cependant ce fut un échange chaleureux et je ne le remercierai jamais assez d’avoir pris le temps de nous parler de son travail (à minuit passé), avec un petit cadeau en prime: un feuillet d’anime original de Green Days !
Des films vu au Sicaf je retiendrai The dog house trip de Hiroyuki Mizumoto. Un petit ovni Dans la sélection films de télévision. Un film en stop motion qui raconte la rencontre entre un chien et un enfant pris dans un déluge et leur dérive au gré de l’eau : une sorte d’odyssée poétique accompagnée de la musique de Brahms. J’ai été touchée par la naiveté de l’animation très minimale mais avec de grands moments dont une rencontre avec un Homard géant rappelant les mythes grecs (tel Ulysse et le cyclope). Un film qui prend son temps, lent, qui prend des risques en cassant les codes de la mise en scène (personnages à la limite du hors champ, sans cesse coupés dans le cadre par ex): ainsi ce court est plutôt une expérience, une évasion qu’un film narratif.

Le film coréen Noodle fish de KIM Jin-man a fait forte impression au festival. Animé avec seulement des nouilles coréennes ce film conte l’histoire d’un poisson qui rêve d’aller à la surface. Bien rythmé et techniquement superbe et séduisant, je reste cependant mitigée car sans raconter la fin, le réalisateur sabote son histoire pour finir dans l’anecdotique. Mais petit film agréable tout de même.

Pour finir, j’ai eu le plaisir d’assister à un documentaire sur Ray Harryhausen le roi de la stop Motion notamment connu pour Sinbad, Jason et les Argonautes etc … Ce film est une véritable bible sur le personnage mais va plus loin en mettant en lumière le statut des effets spéciaux aujourd’hui, la perte du matériau pour le tout digital. Avec des témoignages intéressants dont Spielberg et Cameron qui parlent de la dépersonnalisation de leur propre films: James Cameron pointe le fait qu’il est difficile pour un réalisateur de maîtriser tout le processus de ses films, le nombre de techniciens s’étant multiplié, particulièrement dans le département des effets spéciaux. L’une des nombreuses réflexions du documentaire et énormément de témoignages !

Bref reste que j’ai été impressionnée par Séoul (le dépaysement ça aide !), le dévouement des bénévoles et de l’organisation, l’extrême chaleur de l’accueil, et le plaisir d’avoir fait de belles rencontres, avoir eu une fenêtre sur l’animation en orient, les écoles turques, les graphistes et une artiste contemporaine taiwannaises, boire du Soju avec une belle brochette d’animateurs, producteurs, réalisateurs !
Revenir de Corée sans montrer de la bouffe ça serait un sacrilège ;-). Je vous raconte pas les festins!
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