Anima 2012

Anima 2012, Palmarès




C'est un film coréen, l'étrange The Wonder Hospital de Beomsik Shimbe Shim qui décroche le prix du jury international de cette édition 2012 du festival Anima. Le prix de la fédération Wallonie Bruxelles va lui à La boîte de sardine de Louise-marie Colon (le film a une page sur le site de Camera, etc...). Le meilleur film étudiant revient a Shattered Past de Boris Sverlow, et c’est Arrugas qui décroche le prix du public (lire le billet que j'ai écris sur le film) enfin le prix professionnel va à l'excellent Luminaris de Juan Pablo Zaramella.
Lire le reste du palmarès sur le site du festival

The wonder hospital est visible intégralement en ligne, sur vimeo.
Rendez-vous l'année prochaine, du 8 au 17 février 2013, à Bruxelles.

Anima 2012

Anima 2012, jour 3


Troisième et dernier jour placé pour moi sous le signe de Futuranima, le label "pro" du festival qui regroupe workshops et conférences plus axés sur la prospective et l'envers du décors.

Conférence Layout

Conférence de Fraser MacLean en présence, disons avec le support discret de Roy Nesbitt, pour la sortie du livre du premier intitulé Setting the scene qui parle de l'histoire du Layout, secteur meséstimé de l'animation. Roy Nesbitt n'est autre que le layout artiste de Roger Rabbit, entre autre, sémillant vieil homme.

Bien qu'au rythme haché par les incessantes - et selon moi dispensables - traductions de l'anglais (Fraser MacLean ayant une diction fort claire et cherchant à se bien faire comprendre) et souffrant parfois d'une continuité un peu décousue, la conférence était vraiment intéressante, notamment grâce aux anecdotes et documents présentés, à priori présents dans le livre pour ceux que ça intéressera.



Fraser MacLean travaille dans l'animation mais y est venu par un chemin détourné, la conférence détaillait surtout son parcours et sa découverte du Layout assez tardive malgré son expertise qui l'a mené jusqu'au poste de coordinateur artistique sur le Tarzan des studios Disney. Ayant fait des études de design en écosse puis de montage et de son, il a toujours regretté de ne pouvoir intégrer à sa pratique professionnelle ses talents de dessinateurs et notamment son sens de la lumière. Il nous a montré des dessins réalisés pendant ses études et c'est vrai que c'était d'excellent facture. Suite à une petite annonce, il s'est retrouvé intervalliste animateur des ombres sur Roger Rabbit et a continué dans la publicité en suivant son directeur et mentor de l'époque Chris Knott. Il l'a suivi chez Passion Pictures, a travaillé un peu sur le logiciel Animo, puis sur le film SpaceJam et enfin sur Tarzan (pour coordonner les animations 2D et 3D) où son intégration au studio Disney lui a permis d'appréhender enfin la chaîne complète de fabrication d'un film d'animation qu'il connaissait de façon très parcellaire. C'est là qu'il a eu la révélation, en piochant dans les archives, que le Layout faisait toute la mise en scène. Il reproche notamment aux animateurs de ne se soucier que de l'animation des personnages alors que tout le reste compte, décors, positionnement dans le décors, interactions, mouvements de caméras, etc.

On a pu voir d'intéressants documents sur les caméras multiplanes, chez les Fleischer, chez Ub Iwerks puis chez Disney, avec une décomposition du premier plan de Pinocchio avec ses 11 niveaux.

La conclusion était une phrase de Ken O'Connor, légende disneyenne du Layout ;"le layout tient la bourse de la production".

Je vous laisse méditer.

Et Roy d'ajouter qu'il n'avait jamais compris pourquoi on traitait son domaine d'animation 2D, lui qui a toujours pensé ses layouts dans un espace tridimensionnel, le tout illustré de ses layout sur Roger Rabbit ou sur The Thief & thé Cobbler, perspectives virtuoses tordues en bananes ou fer à cheval. S'il n'a pas beaucoup parlé lors de la conférence, le vieux sage était ensuite au bar, entouré de jeunes admirateurs, avides des conseils en échange d'une petite bière. Je ne médis pas, c'est lui même qui le disait !

La seconde conférence était intitulée : un diplôme, et après ?

Coanimée par Jeremie Mazurek, cofondateur des studios de l'Enclume, et Steven de Beul, fondateur de Beast Animation spécialisé en stopmotion.

Mi française mi néerlandaise, la conférence est du genre indispensable pour les étudiants en fin de cursus et devrait être obligatoirement au programme de toute formation d'animation. Car le but était simplement de partager leur expérience, l'un sortant de la Cambre école d'arts visuels de Bruxelles, l'autre de RITS école audiovisuelle de Bruxelles aussi, sur le milieu professionnel, comment les choses se sont présentées pour eux, quelles ont été leurs erreurs et réussites, le tout de façon très informelle, même si leur expérience avait valeur universelle.

Si la conférence avait un rythme qu'on aurait aimé condenser (surtout quand vous devez attraper un train comme c'était mon cas), les conseils étaient pleins de bon sens, enfin, au moins ceux qui étaient donnés en français et que j'ai pu comprendre : savoir se présenter, cibler ses démarchages, soigner ses courriers, donner des démos en DVD ou des supports qui restent, soigner son site web, connaître le domaine d'intervention de ses interlocuteurs, ne pas se dévaluer…

Le problème du prix était le plus délicat pour ces jeunes créateurs, ils se sont rendus compte que trop chers, ils ne pouvaient entrer dans le milieu de la production de court métrage, pas assez, ils n'étaient pas crédibles dans la publicité. Impossible donc de deviser correctement un projet sans en délimiter clairement les ambitions et le contexte.

En gros, il faut aussi savoir se créer des contacts, camarades de promo, et notamment aussi dans les festivals qui sont l'occasion de nouer des contacts professionnels. La boucle est bouclée. Sans être des success story fabuleuses, les récits de ces deux réussites avaient de quoi donner envie et rendre crédibles ces conseils.

Bon, voilà, j'ai aussi réussi à aller voir la séance rose & violette, avec le film qui a donné son nom à la séance, coproduction ONF réalisé par Claude Grosch et Luc Otter avec la belle histoire de deux siamoises par le bras embauchées comme acrobates dans un cirque. Si la technique affiche un peu trop son origine numérique à mon goût j'ai trouvé le scénario attachant. Il y avait également le notable Tuurngait, conte inuit réalisé à Supinfocom Arles par Paul-Emile Boucher, Remy Dupont, Benjamin Flouw, Mickael Riciotti et Alexandre Toufaili, artistiquement très réussi.

C'est tout pour cette fois en ce qui me concerne, j'espère avoir été les yeux, les oreilles et le ventre des fous qui n'auront pas pu venir, je posterai ici le palmarès quand il sera connu, le festival durant jusqu'à dimanche au soir. Je remercie une fois de plus les organisateurs pour cette invitation à passer ces quelques jours très plaisants.

Anima 2012

Patamod-Olé !


Oué, le titre est facile mais j'ai découvert un univers dont je ne soupçonnais simplement pas l'existence : le stopmotion espagnol avec le studio Conflictivos et son réalisateur animateur principal : SAM.

Ayant travaillé chez Aardman, Sam réalise des films de façon indépendante depuis 2003. Comment ça se fait que je ne sois jamais tombé sur son travail depuis, ça reste un mystère pour moi…

La séance de soirée de ce mercredi présentait donc l'intégrale de son oeuvre en présence de l'auteur, cabot et rigolard qui faisait traduire en espagnol les propos qu'il prononçait en anglais, le tout principalement en animation de patamod mais pas seulement. Et l'univers de ce monsieur est assez étonnant : trash, parodique, humoristique, ça ne fait pas dans la dentelle… Encarna (2003) est par exemple l'histoire d'une femme au foyer qui tue toute sa famille parce qu'on ne la laisse pas regarder ses telenovelas.

Mais si on n'est pas forcément très amateur de genre d'histoire (moi je le suis, modérément mais quand même), il faut bien reconnaître que la technique est simplement redoutable, s'élevant à la hauteur des productions anglaises. L'animation est très bien faite et les festivaliers d'Anima ont pu se rendre compte de la qualité des modèles et décors parce qu'une exposition très didactique des principaux décors des films projetés était présentée au troisième palier du Flagey. Le dernier film Vicenta est même franchement réussi, mais comporte des scènes sexuellement très explicites… Je me suis dit que c'était peut-être ça, avec le coté trash, qui faisait qu'on ne pouvait voir ces films que dans un circuit spécifique.

Je vous fais une petite sélection de photos pour l'occasion.



Le site officiel du studio existe, proposant un show reel un peu petit, mais il existe un DVD de l'intégrale du studio, pour les amateurs de la technique c'est un must-have.


Anima 2012

Alois Nebel


Alors ça c'était le truc que je voulais voir en venant ici. Film Tchèque de Tomas Lunak, Alois Nebel est un long métrage en noir et blanc réalisé en rotoscopie et animation. Il était présenté par une délégation de trois personnes : la maire de la ville où se passe le film venue présenter sa région avec discours en anglais en bonne et due forme, le scénariste musicien et le réalisateur.



En 1989, Alois Nebel est le chef de gare d'une petite station du nom de Bily Potok de ce qui s'appelle encore la Tchecoslovaquie. Il est obsédé par les horaires de train et par des souvenirs d'enfance, quand un train est parti pour l'Allemagne et qu'il a vu une scène qui hante ses journées.

Interné pour ces troubles, il rencontre un muet fraichement arrivé interrogé par la police secrète qui se balade avec une vieille photo où figure le père de Nebel. A sa sortie de l'asile il a perdu son poste et part à Prague pour essayer de régler une situation administrative absurde, perdu dans un monde brumeux.

Je m'attendais à un film plus spécifiquement axé sur les traces de la seconde guerre mondiale. Bien sur il y a cette référence mais elle est ténue et le film raconte accessoirement une vengeance qui est plus personnelle qu'historique. Et surtout le personnage central n'est qu'un observateur dans un monde brumeux, réglé par ses manies, son quotidien, taiseux, mutique, observant avec neutralité les petits trafics de ses copains de bistrot avec l'armée russe.

Si le film a emporté un grand succès en république Tchèque l'an dernier, c'est probablement parce que l'histoire de ce chef de gare a une dimension nationale, cet observateur, marqué par le souvenir de cette violence, perdu, qui cherche à se reconstruire dans une société qui le relègue à la marge est extrêmement forte.

Le film est lent et parfois difficile à comprendre, les dernières pièces de l'intrigue se positionnant en toute fin. C'est surtout une histoire de reconstruction, d'un personnage attachant et de son histoire d'amour un peu sordide mais touchante.



Le film est réalisé en rotoscopie avec des parties animées, surtout les mains et visages. Ça fait parfois l'effet de voir les personnages glisser dans les décors et l'impression qu'ils portent des masques mais le parti pris radical est bien exploité, graphiquement fort, entre Renaissance et Valse avec Bashir, l'interprétation est assez efficace et les personnages ont une présence très forte. Le réalisateur a dit à la salle comble de ce soir qu'il avait mis cinq ans à réaliser ce premier film et qu'il fallait chercher dans le nom du héros le sens de son film : Nebel signifie Brouillard en allemand, mais à l'envers LEBEN il signifie vie.

Un beau film, intense et construit avec beaucoup d'efficacité et de style, j'ai beaucoup aimé.

La bonne nouvelle c'est que le film doit sortir en France en mars et qu'il dispose d'un site officiel bien fichu.

Anima 2012

Anima 2012, jour 2


Après midi et soirée denses pour cette seconde journée de projection avec beaucoup de choses et quelques découvertes intéressantes. J'en profite pour faire une digression culinaire et montrer mon régime de festivalier, crèpe en journée, frites en soirée. Cassonade brune pour moi s'il vous plaît, avec un café. Quant aux frites inutile de se presser, la friterie de la place du Flagey, à l'opposée du bâtiment où a lieu le festival, au coin, en face de la super librairie de Bandes dessinées Brüsel, est ouverte jusqu'à minuit tous les jours de semaine, deux heures du matin le Week-end, avec fermeture hebdomadaire le lundi. Ça valait le coup d'être précisé. Faut-il quand même ajouter que les frites y sont très bonnes ?



Allez quelques mots pour dire que je suis allé à la projection de 7,8,9 Boniface, programme de Folimage qui regroupe quelques films pour enfants et qui était sorti en salle l'an dernier en France. Des films variés et de belle facture qui ont su captiver une audience d'enfants. Il fallait entendre les "aaaah" de contentement de l'assemblée de marmots lorsque la lumière s'est éteinte au début de la projection. Mentions spéciales pour le petit garçon et le monstre de Johannes Weiland et Uwe Heidschötter, belle illustration du divorce et de l'effet sur les parents qui se déchirent et l'Eté de Boniface, nouvelle incarnation de cet univers créé par Pierre-Luc Granjon et Antoine Lanciaux, poétique et divertissant, qui parle aussi à sa façon de divorce, comme quoi…



J'ai enchaîné avec la sélection 5 des Shorts films, introduite par un peloton de clips et films de pubs dont le SexyFingers que je suis allé mettre en brève. La séance se terminait par quatre films en compétition :



Camels, film coréen de Jee-Youn Park en 2D. Une fille "modiglianiesque" rentre chez elle, un homme est dans le frigo avec un perroquet sur le visage. Ils causent de séparation, déception, amour. C'est complètement barré, ça m'a fait penser à Krokodill, dans le genre. Corée-Estonie, même combat.

Kamene de Katarine Kerekesova. Film en stopmotion racontant l'arrivée d'une jolie poupée dans un univers masculin de casseurs de cailloux. Je l'avais déjà vu et cette seconde vision a confirmé mon sentiment. J'aime assez l'histoire et beaucoup la musique qui n'est pas sans évoquer Kurt Weill, le film étant chanté et dansé. L'esthétique est assez rude, raccord avec le sujet, intéressant.

The Gloaming de Niko Nobrain. Film mélangeant stopmotion et animation 2D, un gars se réveille dans le désert. Après avoir un peu erré, il tombe sur une matière ectoplasmique qui devient une petite planète sur lequel pousse de la végétation. Puis des êtres apparaissent, bagarreurs, veules, méchants. Ils se font la guerre. Le personnage, mis dans une situation un peu déifiée, observe avec une certaine attention puis décide d'intervenir pour faire cesser les massacres, les personnages se retournent contre lui et le détruisent. J'avoue ne pas avoir bien compris s'il y avait un message genre ni dieu ni maître, une volonté de faire un conte moral sur la bêtise humaine… le personnage n'est qu'observateur, les habitants de la planète ne sont pas vraiment humains, la fin est une sorte de boucle… ?? Perplexe et pas vraiment emballé, pourtant le graphisme 2D et la technique du film sont assez réussis.

Paths of Hate, de Damian Nenow. Pépé Boyington 2.0 en mode "je vais le crever ce sale nazi". Deux quiches d'aviateurs infoutus de se dézinguer proprement, aveuglés par leur haine réciproque se foutent sur la gueule. Perplexe aussi devant ce film qui semble dénoncer le jusqu'au boutisme de ces guerriers haineux. Mais le film est très beau, graphique, radical, violent, précis… Et la violence devient esthétique et on se demande finalement si le film ne fait pas l'inverse en glorifiant un comportement radical d'un forme de chevalerie guerrière qui jamais ne renonce. Troublant.


Anima 2012

Jib - the House


Film coréen, coréalisé par Ban Joo Young, Lee Hyun Jin, Lee Jae Ho, Park Eun Young et Park Mi Sun, jeunes diplômés de la KAFA (Korean Academy of Film Art), tellement jeunes que c'est une sorte de film de fin d'étude réalisé en 2010 qui s'est muté en long métrage.

Je raconte tout de suite le sujet vu que vous avez peu de chance de le voir si vous l'avez raté à Annecy l'an dernier (il était en compétition) et si vous n'étiez pas à la séance d'hier :

Grace à un médaillon magique perdu par un chat, une jeune fille parvient à voir les esprits qui incarnent les vieilles maisons où elle est contrainte d'habiter, squattant chez une copine.

Ces esprits sont des genres de Barbapapas translucides qui peuvent influer modestement sur les choses, en gros ils peuvent ouvrir les portes :)

Or le quartier, vétuste, doit être rasé pour faire la place à des immeubles modernes. D'où le combat de la jeunette, d'abord épouvantée par ces êtres qu'elle découvre, puis prenant fait et cause pour ce quartier historique qu'elle cherchera à sauver.



Sans être inoubliable, le film est assez divertissant, en tous cas suffisamment pour me tenir en éveil malgré la fatigue. J'ai bien aimé le portrait de ces deux jeunes filles à l'hygiène approximative, qui se prennent des cuites et se nourrissent de nouilles instantanées. La technique aussi vaut d'être soulignée car le film est de la stopmotion en 2D : les décors sont en volume (maquettes) mais les animations en 2D incrustées dans le décors, avec ombres et reflets. Le tout cohabite assez joliment et le décor interagit avec l'animation (travelling, portes qui s'ouvrent, etc.). Le film est entrecoupé de photos de Séoul, montrant que la problématique du film s'inscrit dans la réalité.

Comme le disait Tony à Annecy l'an dernier, un film qui vaut d'être vu.

J'intègre ici la bande annonce. Pour le voir, je crains que ça ne doive se faire en VOD ou DVD.

Anima 2012

Arrugas


Premier long métrage en compétition que je vois, Arrugas de l'espagnol Ignacio Ferreras est raccord avec la thématique Espagnole de l'édition 2012 du festival. Le coscénariste est venu présenter le film, auréolé de la gloire toute récente de deux Goyas (les Oscars espagnols) pour le meilleur film d'animation et la meilleur adaptation, le film étant tiré d'une bande dessinée de Paco Roca qui porte le même nom.



Arrugas signifie "ride" en espagnol, le film raconte l'histoire d'un vieux banquier, Emilio, que son fils décide de placer en maison de retraite suite à des pertes de mémoire et des confusions. Atteint d'Alzheimer, on va suivre la progression de la maladie et voir le personnage décliner, entouré par de nouveaux amis dont Miguel avec qui il partage une chambre, un petit escroc sympathique qui profite du système et pose sur ses condisciples un regard réaliste, le seul.

Le film est un subtil travail de réalisation, un vrai travail sensible et réussi pour ce qui est de montrer le reste d'humanité qui habite des institutions où sont collectivisés les problèmes liés à l'âge tout en nous faisant partager la confusion du personnage principal. Le sujet est traité avec intelligence évoquant la promiscuité, l'ennui, les différentes formes de sénilité, les obsessions, l'absence de visites, la tentation du suicide...

Peut-être parce qu'il évite le coté sordide, les odeurs d'urine, les maltraitances, le film parvient à rester positif et devient même une sorte d'Amelie Poulain du 4e âge (Amélie Rossinante, hu hu), mélangé à Vol au dessus d'un nid de (vieux) coucous et parvient même au tour de force d'une sorte de happy ending.

Bien sûr le film n'évite pas tout à fait le coté tire-larme, à cause notamment d'une musique un peu dramatisante, l'usage de flash-back rieurs et on aurait peut-être aimé que les possibilités de l'animation soient utilisées avec un peu plus d'audace, un peu comme de Riz et d'Arménie sur un sujet équivalent.

D'autant que la technique 2D utilisée en raison du fait qu'il est adapté d'une bande dessinée, manque singulièrement de qualité et de subtilité. Evidemment ça n'est pas indigne, j'ai bien aimé les designs des personnages, hérités de la bande dessinée, mais le sujet aurait pu gagner à être traité avec une animation plus subtile pour mieux retranscrire les lenteurs et la mobilité si spécifique à l'âge, on aurait pu imaginer ajouter des reflets pour rendre un peu plus le coté hygiénique du lieu, enfin des détails de ce genre.



En tout cas, pour avoir fréquenté comme beaucoup ces institutions gériatriques, je peux dire que le film est très efficace pour rendre cette sensation d'errance dans un lieu qui ressemble à un collège de province flambant neuf. Et l'émotion est bien là à si j'en crois le nombre de froissements de mouchoirs que j'ai pu entendre en fin de projection, je garde en mémoire - comme beaucoup - l'histoire charmante du vieux couple au nuage et celui d'un film au ton juste, qui cherche à positiver mais qui donne une vision un peu désabusée de la vieillesse.

En tous cas c'est aussi cette particularité du festival Anima : le film était projeté en version originale espagnole, sous titré dans l'image en anglais et sous l'image en français et en néerlandais. Et la sortie de la salle résonnait d'un tas de langages variés assez réjouissant.. Capitale européenne for ever.

Anima 2012

Anima 2012, c'est parti


Me voici de retour dans cette fascinante cité dont le monument le plus connu est un minuscule marmot de bronze à la vessie infinie pour me repaître de dessins animés et de cette culture du cinéma d'animation si particulière à la Belgique.
Certes, j'arrive quand le festival bat déjà son plein, commencé il y a quatre jours, et je le dis presqu'à chaque fois, ANIMA n'est pas un festival comme les autres ; plus long, plus convivial, moins exhaustif, il parvient cependant à concentrer la création annuelle tout en se payant le luxe d'avoir sa personnalité à lui. Un mélange d'odeur de crèpe, de bière, de marmots qui se roulent sur la moquette du Flagey, de multilinguisme et une programmation suffisamment dense pour que le festivalier soit obligé de faire son planning avec soin de peur de rater quelque chose.



Invité aimablement par le festival pour représenter la communauté des Fous d'anim, je me propose de rendre compte de ce que j'aurai pu voir ici, une fois que j'aurai refait l'achat des quelques affaires que je me suis fait subtilisé par un couple de brigands à la gare du Midi, brigands qui partagent avec mon épouse l'insigne honneur de connaître la couleur de mes caleçons et le goût de mon dentifrice, mais fort heureusement que ça…

J'ai quand même commencé les projections aussitôt descendu du tram avec la sélection 3 des films étudiants. Rien de mémorable en ce qui me concerne, à part peut-être le film The Backwater Gospel, déjà cité en news et The Renter de Jason Carpenter, étrange évocation de l'enfance d'un jeune garçon chez sa grand mère campagnarde à l'étrange locataire, film d'une fascinante liberté graphique mais qui provoque le malaise. Le film m'a évoqué The Runt de Andreas Hykade, il dispose d'un site à lui que vous pouvez dénicher ici.

Ha si, il ne faut pas oublier Kuhina, de Joni Männistö, symbiose étonnante entre un gamin sadique et une nuée d'insectes et le Mac'N'Cheese réalisé à l'école d'animation d'Utrecht, course poursuite aux designs un peu à la Team Fortress avec une fin si téléphonée qu'elle en devient accessoire. Le film est d'ailleurs visible en ligne pour les curieux.



C'était cé en direct de Bruxelles, alleï, je cours m'acheter une paire de chaussette et je vous donne la suite tantôt.