Troisième et dernier jour placé pour moi sous le signe de Futuranima, le label "pro" du festival qui regroupe workshops et conférences plus axés sur la prospective et l'envers du décors.
Conférence Layout
Conférence de Fraser MacLean en présence, disons avec le support discret de Roy Nesbitt, pour la sortie du livre du premier intitulé Setting the scene qui parle de l'histoire du Layout, secteur meséstimé de l'animation. Roy Nesbitt n'est autre que le layout artiste de Roger Rabbit, entre autre, sémillant vieil homme.
Bien qu'au rythme haché par les incessantes - et selon moi dispensables - traductions de l'anglais (Fraser MacLean ayant une diction fort claire et cherchant à se bien faire comprendre) et souffrant parfois d'une continuité un peu décousue, la conférence était vraiment intéressante, notamment grâce aux anecdotes et documents présentés, à priori présents dans le livre pour ceux que ça intéressera.

Fraser MacLean travaille dans l'animation mais y est venu par un chemin détourné, la conférence détaillait surtout son parcours et sa découverte du Layout assez tardive malgré son expertise qui l'a mené jusqu'au poste de coordinateur artistique sur le Tarzan des studios Disney. Ayant fait des études de design en écosse puis de montage et de son, il a toujours regretté de ne pouvoir intégrer à sa pratique professionnelle ses talents de dessinateurs et notamment son sens de la lumière. Il nous a montré des dessins réalisés pendant ses études et c'est vrai que c'était d'excellent facture. Suite à une petite annonce, il s'est retrouvé intervalliste animateur des ombres sur Roger Rabbit et a continué dans la publicité en suivant son directeur et mentor de l'époque Chris Knott. Il l'a suivi chez Passion Pictures, a travaillé un peu sur le logiciel Animo, puis sur le film SpaceJam et enfin sur Tarzan (pour coordonner les animations 2D et 3D) où son intégration au studio Disney lui a permis d'appréhender enfin la chaîne complète de fabrication d'un film d'animation qu'il connaissait de façon très parcellaire. C'est là qu'il a eu la révélation, en piochant dans les archives, que le Layout faisait toute la mise en scène. Il reproche notamment aux animateurs de ne se soucier que de l'animation des personnages alors que tout le reste compte, décors, positionnement dans le décors, interactions, mouvements de caméras, etc.
On a pu voir d'intéressants documents sur les caméras multiplanes, chez les Fleischer, chez Ub Iwerks puis chez Disney, avec une décomposition du premier plan de Pinocchio avec ses 11 niveaux.
La conclusion était une phrase de Ken O'Connor, légende disneyenne du Layout ;"le layout tient la bourse de la production".
Je vous laisse méditer.
Et Roy d'ajouter qu'il n'avait jamais compris pourquoi on traitait son domaine d'animation 2D, lui qui a toujours pensé ses layouts dans un espace tridimensionnel, le tout illustré de ses layout sur Roger Rabbit ou sur The Thief & thé Cobbler, perspectives virtuoses tordues en bananes ou fer à cheval. S'il n'a pas beaucoup parlé lors de la conférence, le vieux sage était ensuite au bar, entouré de jeunes admirateurs, avides des conseils en échange d'une petite bière. Je ne médis pas, c'est lui même qui le disait !

La seconde conférence était intitulée : un diplôme, et après ?
Coanimée par Jeremie Mazurek, cofondateur des studios de l'Enclume, et Steven de Beul, fondateur de Beast Animation spécialisé en stopmotion.
Mi française mi néerlandaise, la conférence est du genre indispensable pour les étudiants en fin de cursus et devrait être obligatoirement au programme de toute formation d'animation. Car le but était simplement de partager leur expérience, l'un sortant de la Cambre école d'arts visuels de Bruxelles, l'autre de RITS école audiovisuelle de Bruxelles aussi, sur le milieu professionnel, comment les choses se sont présentées pour eux, quelles ont été leurs erreurs et réussites, le tout de façon très informelle, même si leur expérience avait valeur universelle.
Si la conférence avait un rythme qu'on aurait aimé condenser (surtout quand vous devez attraper un train comme c'était mon cas), les conseils étaient pleins de bon sens, enfin, au moins ceux qui étaient donnés en français et que j'ai pu comprendre : savoir se présenter, cibler ses démarchages, soigner ses courriers, donner des démos en DVD ou des supports qui restent, soigner son site web, connaître le domaine d'intervention de ses interlocuteurs, ne pas se dévaluer…
Le problème du prix était le plus délicat pour ces jeunes créateurs, ils se sont rendus compte que trop chers, ils ne pouvaient entrer dans le milieu de la production de court métrage, pas assez, ils n'étaient pas crédibles dans la publicité. Impossible donc de deviser correctement un projet sans en délimiter clairement les ambitions et le contexte.
En gros, il faut aussi savoir se créer des contacts, camarades de promo, et notamment aussi dans les festivals qui sont l'occasion de nouer des contacts professionnels. La boucle est bouclée. Sans être des success story fabuleuses, les récits de ces deux réussites avaient de quoi donner envie et rendre crédibles ces conseils.
Bon, voilà, j'ai aussi réussi à aller voir la séance rose & violette, avec le film qui a donné son nom à la séance, coproduction ONF réalisé par Claude Grosch et Luc Otter avec la belle histoire de deux siamoises par le bras embauchées comme acrobates dans un cirque. Si la technique affiche un peu trop son origine numérique à mon goût j'ai trouvé le scénario attachant. Il y avait également le notable Tuurngait, conte inuit réalisé à Supinfocom Arles par Paul-Emile Boucher, Remy Dupont, Benjamin Flouw, Mickael Riciotti et Alexandre Toufaili, artistiquement très réussi.
C'est tout pour cette fois en ce qui me concerne, j'espère avoir été les yeux, les oreilles et le ventre des fous qui n'auront pas pu venir, je posterai ici le palmarès quand il sera connu, le festival durant jusqu'à dimanche au soir. Je remercie une fois de plus les organisateurs pour cette invitation à passer ces quelques jours très plaisants.