Anima 2012

Jib - the House


Film coréen, coréalisé par Ban Joo Young, Lee Hyun Jin, Lee Jae Ho, Park Eun Young et Park Mi Sun, jeunes diplômés de la KAFA (Korean Academy of Film Art), tellement jeunes que c'est une sorte de film de fin d'étude réalisé en 2010 qui s'est muté en long métrage.

Je raconte tout de suite le sujet vu que vous avez peu de chance de le voir si vous l'avez raté à Annecy l'an dernier (il était en compétition) et si vous n'étiez pas à la séance d'hier :

Grace à un médaillon magique perdu par un chat, une jeune fille parvient à voir les esprits qui incarnent les vieilles maisons où elle est contrainte d'habiter, squattant chez une copine.

Ces esprits sont des genres de Barbapapas translucides qui peuvent influer modestement sur les choses, en gros ils peuvent ouvrir les portes :)

Or le quartier, vétuste, doit être rasé pour faire la place à des immeubles modernes. D'où le combat de la jeunette, d'abord épouvantée par ces êtres qu'elle découvre, puis prenant fait et cause pour ce quartier historique qu'elle cherchera à sauver.



Sans être inoubliable, le film est assez divertissant, en tous cas suffisamment pour me tenir en éveil malgré la fatigue. J'ai bien aimé le portrait de ces deux jeunes filles à l'hygiène approximative, qui se prennent des cuites et se nourrissent de nouilles instantanées. La technique aussi vaut d'être soulignée car le film est de la stopmotion en 2D : les décors sont en volume (maquettes) mais les animations en 2D incrustées dans le décors, avec ombres et reflets. Le tout cohabite assez joliment et le décor interagit avec l'animation (travelling, portes qui s'ouvrent, etc.). Le film est entrecoupé de photos de Séoul, montrant que la problématique du film s'inscrit dans la réalité.

Comme le disait Tony à Annecy l'an dernier, un film qui vaut d'être vu.

J'intègre ici la bande annonce. Pour le voir, je crains que ça ne doive se faire en VOD ou DVD.

Anima 2012

Arrugas


Premier long métrage en compétition que je vois, Arrugas de l'espagnol Ignacio Ferreras est raccord avec la thématique Espagnole de l'édition 2012 du festival. Le coscénariste est venu présenter le film, auréolé de la gloire toute récente de deux Goyas (les Oscars espagnols) pour le meilleur film d'animation et la meilleur adaptation, le film étant tiré d'une bande dessinée de Paco Roca qui porte le même nom.



Arrugas signifie "ride" en espagnol, le film raconte l'histoire d'un vieux banquier, Emilio, que son fils décide de placer en maison de retraite suite à des pertes de mémoire et des confusions. Atteint d'Alzheimer, on va suivre la progression de la maladie et voir le personnage décliner, entouré par de nouveaux amis dont Miguel avec qui il partage une chambre, un petit escroc sympathique qui profite du système et pose sur ses condisciples un regard réaliste, le seul.

Le film est un subtil travail de réalisation, un vrai travail sensible et réussi pour ce qui est de montrer le reste d'humanité qui habite des institutions où sont collectivisés les problèmes liés à l'âge tout en nous faisant partager la confusion du personnage principal. Le sujet est traité avec intelligence évoquant la promiscuité, l'ennui, les différentes formes de sénilité, les obsessions, l'absence de visites, la tentation du suicide...

Peut-être parce qu'il évite le coté sordide, les odeurs d'urine, les maltraitances, le film parvient à rester positif et devient même une sorte d'Amelie Poulain du 4e âge (Amélie Rossinante, hu hu), mélangé à Vol au dessus d'un nid de (vieux) coucous et parvient même au tour de force d'une sorte de happy ending.

Bien sûr le film n'évite pas tout à fait le coté tire-larme, à cause notamment d'une musique un peu dramatisante, l'usage de flash-back rieurs et on aurait peut-être aimé que les possibilités de l'animation soient utilisées avec un peu plus d'audace, un peu comme de Riz et d'Arménie sur un sujet équivalent.

D'autant que la technique 2D utilisée en raison du fait qu'il est adapté d'une bande dessinée, manque singulièrement de qualité et de subtilité. Evidemment ça n'est pas indigne, j'ai bien aimé les designs des personnages, hérités de la bande dessinée, mais le sujet aurait pu gagner à être traité avec une animation plus subtile pour mieux retranscrire les lenteurs et la mobilité si spécifique à l'âge, on aurait pu imaginer ajouter des reflets pour rendre un peu plus le coté hygiénique du lieu, enfin des détails de ce genre.



En tout cas, pour avoir fréquenté comme beaucoup ces institutions gériatriques, je peux dire que le film est très efficace pour rendre cette sensation d'errance dans un lieu qui ressemble à un collège de province flambant neuf. Et l'émotion est bien là à si j'en crois le nombre de froissements de mouchoirs que j'ai pu entendre en fin de projection, je garde en mémoire - comme beaucoup - l'histoire charmante du vieux couple au nuage et celui d'un film au ton juste, qui cherche à positiver mais qui donne une vision un peu désabusée de la vieillesse.

En tous cas c'est aussi cette particularité du festival Anima : le film était projeté en version originale espagnole, sous titré dans l'image en anglais et sous l'image en français et en néerlandais. Et la sortie de la salle résonnait d'un tas de langages variés assez réjouissant.. Capitale européenne for ever.

Anima 2012

Anima 2012, c'est parti


Me voici de retour dans cette fascinante cité dont le monument le plus connu est un minuscule marmot de bronze à la vessie infinie pour me repaître de dessins animés et de cette culture du cinéma d'animation si particulière à la Belgique.
Certes, j'arrive quand le festival bat déjà son plein, commencé il y a quatre jours, et je le dis presqu'à chaque fois, ANIMA n'est pas un festival comme les autres ; plus long, plus convivial, moins exhaustif, il parvient cependant à concentrer la création annuelle tout en se payant le luxe d'avoir sa personnalité à lui. Un mélange d'odeur de crèpe, de bière, de marmots qui se roulent sur la moquette du Flagey, de multilinguisme et une programmation suffisamment dense pour que le festivalier soit obligé de faire son planning avec soin de peur de rater quelque chose.



Invité aimablement par le festival pour représenter la communauté des Fous d'anim, je me propose de rendre compte de ce que j'aurai pu voir ici, une fois que j'aurai refait l'achat des quelques affaires que je me suis fait subtilisé par un couple de brigands à la gare du Midi, brigands qui partagent avec mon épouse l'insigne honneur de connaître la couleur de mes caleçons et le goût de mon dentifrice, mais fort heureusement que ça…

J'ai quand même commencé les projections aussitôt descendu du tram avec la sélection 3 des films étudiants. Rien de mémorable en ce qui me concerne, à part peut-être le film The Backwater Gospel, déjà cité en news et The Renter de Jason Carpenter, étrange évocation de l'enfance d'un jeune garçon chez sa grand mère campagnarde à l'étrange locataire, film d'une fascinante liberté graphique mais qui provoque le malaise. Le film m'a évoqué The Runt de Andreas Hykade, il dispose d'un site à lui que vous pouvez dénicher ici.

Ha si, il ne faut pas oublier Kuhina, de Joni Männistö, symbiose étonnante entre un gamin sadique et une nuée d'insectes et le Mac'N'Cheese réalisé à l'école d'animation d'Utrecht, course poursuite aux designs un peu à la Team Fortress avec une fin si téléphonée qu'elle en devient accessoire. Le film est d'ailleurs visible en ligne pour les curieux.



C'était cé en direct de Bruxelles, alleï, je cours m'acheter une paire de chaussette et je vous donne la suite tantôt.