Annecy 2011
les dernières séances d'Annecy 2011...
Par Tony, samedi 11 juin 2011 à 16:34
Je suis allé voir Midori-ko, un film un peu malsain sur les bords mais très joli au niveau du dessin, il rappelle des films comme idiots and angels de Bill Plympton mais à la sauce japonaise, donc plus mignon, plus monstrueux et tout aussi barré. C'était assez court par contre, je me suis donc rendu à la séance de work in progress de la mécanique du coeur à laquelle j'avais décidé de pas aller parce que je voulais être sûr de voir midori-ko. En arrivant à Bonlieu je constatais que la séance n'avait pas commencé et qu'il y avait une queue phénoménale, mon plan était d'arriver après la bataille et de présenter mon badge presse au cas où quelqu'un sortirait de la salle en laissant une place. Comme je n'avais rien à perdre, j'ai fait la queue, mais la personne devant moi a été la dernière à rentrer... En fait je n'avais pas été très combatif parce que je savais que j'avais déjà quelqu'un à l'intérieur qui me ramènerait des photos.

Mathias Malzieu au work in progress de la mécanique du coeur (photos de Emilie Leroux)
A 14h je suis allé voir la dernière séance des courts-métrages en compétition. J'ai bien aimé Luminaris, un film engagé sur l'appropriation collective des moyens de production par l'union prolétarienne. C'est une sorte de récit métaphorique original et poétique sur la marche inéluctable du progrès. Dans un monde contrôlé par la lumière, deux employés d'une espèce de fabrique d'ampoule vont accomplir un acte révolutionnaire. Le besoin d'une main d'oeuvre qualifiée donne l'opportunité à celle-ci de s'éduquer de plus en plus et de s'émanciper en renversant l'ordre établi, sous la forme d'un amour symbolisant la promesse d'un avenir socialiste. Il y avait aussi Dimanche, qui rappelle si bien de détestables souvenirs d'enfance du dimanche après-midi.

Luminaris, de Juan Pablo ZARAMELLA
A 16h, je suis allé au MIFA pour jeter un coup d'oeil aux stands et voir des films à la vidéothèque. J'ai croisé Frédéric Mitterrand qui saluait les différentes écoles d'animation. J'ai également failli le renverser à vélo un peu plus tard quand je suis revenu du MIFA. Il devrait être présent ce soir à la cérémonie de clôture. J'ai pu voir le film de Mathilde Philippon-Aginski, la femme du lac, en animation de poudres. J'avais adoré Ascio donc j'étais curieux de voir son film. C'est difficile d'apprécier complètement un film contemplatif dans une salle d'ordinateurs mais l'idée était extrêmement séduisante et poétique.

La femme du lac, de Mathilde PHILIPPON-AGINSKI
Après avoir manqué d'écraser le ministre de la culture, je suis allé voir Paprika que je n'avais jamais vu sur grand écran. Il était diffusé à la place de l'apôtre dont la projection a été annulée. C'est déjà pas mal mais après ça, encore mieux, j'ai vu une projection des films d'Oskar Fischinger dans la grande salle de Bonlieu ! Ca, c'est la classe. Certains étaient muets et sans accompagnement, je préfère comme ça... mais du coup en entendait les commentaires des débiles qui n'avaient pas compris que c'était pas une séance pour les débiles.
Pour finir la journée je suis allé voir les films d'étudiant, une séance pas trop mal, surtout vers la fin. J'aimais bien le tout dernier avec une espèce d'imitation de jeu d'arcade pour figurer la naissance d'un bébé.
Ce matin j'ai vu les films de commande en compétition, il y avait de très bonnes choses mais j'ai été gêné par la tournure politique de certains. Par exemple, il y avait ce film didactique sur la crise qui prétendait nous expliquer pourquoi les états avaient dû prêter de l'argent aux banques. Mais en faisant mine de dénoncer le système, il évitait la question du partage des richesses, mettait sur un pied d'égalité la responsabilité des banques et celles des individus : "tout est de la faute de Bob le banquier et Cintia qui cherche un appart" et concluait qu'on était obligé de donner de l'argent à "Bob" sans parler un seul instant des revenus de Cintia, ça m'a donc un peu agacé. Ensuite, un autre film parlait cette fois de la répartition des "ressources", de l'agriculture mondiale et donc du libre-échange et la façon dont les pays du sud se retrouvent en situation de dépendance alimentaire. En faisant mine de dénoncer le système, pointant du doigt le trader, il évite là encore de prendre une véritable position politique. Il oppose les habitants du nord à ceux du sud et se demande ce que le monsieur tout le monde européen peut faire pour son ami africain... manger moins de viande... c'est une blague ?! Revoilà les "petits gestes" et l'écologie citoyenne qui endort tout le monde au lieu de poser les vraies questions qui fâchent : qui a le pouvoir ? qui organise l'économie et les échanges ? Soit les actionnaires qui veulent faire plus de profits, soit les peuples qui veulent une économie capable de répondre à leur besoins, y compris en termes sociaux et environnementaux. Alors à la question posée dans le film "qu'est-ce que vous pouvez y faire ?" je réponds : "on peut voter pour faire gagner la gauche en 2012. Ca changera peut être pas le monde mais c 'est la première condition pour rendre ce changement possible, pour construire le rapport de force et se donner des marges de manoeuvre". Plutôt que d'opposer simplement le nord au sud, il faut opposer l'ensemble des peuples (qui a intérêt à la démocratie, au progrès etc.) au diktat du capitalisme financier. D'autres films abordaient les mêmes sujets : "torchez vous le cul avec du papier toilette recyclé". Et le pire de tous : "Nike agit pour le développement durable !", voilà c'est dit ! Plutôt que de croire toutes ces fables sur une consommation citoyenne, essayons de redonner effectivement le pouvoir aux citoyens en reprenant les institutions qu'on essaye de lui confisquer. L'union européenne aurait dû être un outil notamment pour obliger des multinationales comme Nike à produire une partie de leurs chaussures en Europe pour pouvoir les vendre, à respecter un certains nombre de conditions sociales et environnementales sous peine de voir leurs produits taxés aux frontières de l'Europe. Bref ça m'a agacé mais il y avait aussi beaucoup de poésie et de créativité dans tous ces spots ou clips qui valaient le coup d'oeil, comme la pub de la citroen c3 qu'on a tous vu ou une autre de AARDMAN pour nokia. J'ai bien aimé aussi un film avec des animaux en sable sur une plage qui s'animent.
Voilà, je met en ligne cet article rédigé cette après midi mais je viens de voir la cérémonie de clôture. J'y consacrerai un article plus tard et je peux dores et déjà dire que je suis pas du tout d'accord avec le fait de décerner le grand prix à Pixel...






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