Annecy 2011

les dernières séances d'Annecy 2011...


Je suis allé voir Midori-ko, un film un peu malsain sur les bords mais très joli au niveau du dessin, il rappelle des films comme idiots and angels de Bill Plympton mais à la sauce japonaise, donc plus mignon, plus monstrueux et tout aussi barré. C'était assez court par contre, je me suis donc rendu à la séance de work in progress de la mécanique du coeur à laquelle j'avais décidé de pas aller parce que je voulais être sûr de voir midori-ko. En arrivant à Bonlieu je constatais que la séance n'avait pas commencé et qu'il y avait une queue phénoménale, mon plan était d'arriver après la bataille et de présenter mon badge presse au cas où quelqu'un sortirait de la salle en laissant une place. Comme je n'avais rien à perdre, j'ai fait la queue, mais la personne devant moi a été la dernière à rentrer... En fait je n'avais pas été très combatif parce que je savais que j'avais déjà quelqu'un à l'intérieur qui me ramènerait des photos.


Mathias Malzieu au work in progress de la mécanique du coeur (photos de Emilie Leroux)

A 14h je suis allé voir la dernière séance des courts-métrages en compétition. J'ai bien aimé Luminaris, un film engagé sur l'appropriation collective des moyens de production par l'union prolétarienne. C'est une sorte de récit métaphorique original et poétique sur la marche inéluctable du progrès. Dans un monde contrôlé par la lumière, deux employés d'une espèce de fabrique d'ampoule vont accomplir un acte révolutionnaire. Le besoin d'une main d'oeuvre qualifiée donne l'opportunité à celle-ci de s'éduquer de plus en plus et de s'émanciper en renversant l'ordre établi, sous la forme d'un amour symbolisant la promesse d'un avenir socialiste. Il y avait aussi Dimanche, qui rappelle si bien de détestables souvenirs d'enfance du dimanche après-midi.


Luminaris, de Juan Pablo ZARAMELLA

A 16h, je suis allé au MIFA pour jeter un coup d'oeil aux stands et voir des films à la vidéothèque. J'ai croisé Frédéric Mitterrand qui saluait les différentes écoles d'animation. J'ai également failli le renverser à vélo un peu plus tard quand je suis revenu du MIFA. Il devrait être présent ce soir à la cérémonie de clôture. J'ai pu voir le film de Mathilde Philippon-Aginski, la femme du lac, en animation de poudres. J'avais adoré Ascio donc j'étais curieux de voir son film. C'est difficile d'apprécier complètement un film contemplatif dans une salle d'ordinateurs mais l'idée était extrêmement séduisante et poétique.


La femme du lac, de Mathilde PHILIPPON-AGINSKI

Après avoir manqué d'écraser le ministre de la culture, je suis allé voir Paprika que je n'avais jamais vu sur grand écran. Il était diffusé à la place de l'apôtre dont la projection a été annulée. C'est déjà pas mal mais après ça, encore mieux, j'ai vu une projection des films d'Oskar Fischinger dans la grande salle de Bonlieu ! Ca, c'est la classe. Certains étaient muets et sans accompagnement, je préfère comme ça... mais du coup en entendait les commentaires des débiles qui n'avaient pas compris que c'était pas une séance pour les débiles.

Pour finir la journée je suis allé voir les films d'étudiant, une séance pas trop mal, surtout vers la fin. J'aimais bien le tout dernier avec une espèce d'imitation de jeu d'arcade pour figurer la naissance d'un bébé.

Ce matin j'ai vu les films de commande en compétition, il y avait de très bonnes choses mais j'ai été gêné par la tournure politique de certains. Par exemple, il y avait ce film didactique sur la crise qui prétendait nous expliquer pourquoi les états avaient dû prêter de l'argent aux banques. Mais en faisant mine de dénoncer le système, il évitait la question du partage des richesses, mettait sur un pied d'égalité la responsabilité des banques et celles des individus : "tout est de la faute de Bob le banquier et Cintia qui cherche un appart" et concluait qu'on était obligé de donner de l'argent à "Bob" sans parler un seul instant des revenus de Cintia, ça m'a donc un peu agacé. Ensuite, un autre film parlait cette fois de la répartition des "ressources", de l'agriculture mondiale et donc du libre-échange et la façon dont les pays du sud se retrouvent en situation de dépendance alimentaire. En faisant mine de dénoncer le système, pointant du doigt le trader, il évite là encore de prendre une véritable position politique. Il oppose les habitants du nord à ceux du sud et se demande ce que le monsieur tout le monde européen peut faire pour son ami africain... manger moins de viande... c'est une blague ?! Revoilà les "petits gestes" et l'écologie citoyenne qui endort tout le monde au lieu de poser les vraies questions qui fâchent : qui a le pouvoir ? qui organise l'économie et les échanges ? Soit les actionnaires qui veulent faire plus de profits, soit les peuples qui veulent une économie capable de répondre à leur besoins, y compris en termes sociaux et environnementaux. Alors à la question posée dans le film "qu'est-ce que vous pouvez y faire ?" je réponds : "on peut voter pour faire gagner la gauche en 2012. Ca changera peut être pas le monde mais c 'est la première condition pour rendre ce changement possible, pour construire le rapport de force et se donner des marges de manoeuvre". Plutôt que d'opposer simplement le nord au sud, il faut opposer l'ensemble des peuples (qui a intérêt à la démocratie, au progrès etc.) au diktat du capitalisme financier. D'autres films abordaient les mêmes sujets : "torchez vous le cul avec du papier toilette recyclé". Et le pire de tous : "Nike agit pour le développement durable !", voilà c'est dit ! Plutôt que de croire toutes ces fables sur une consommation citoyenne, essayons de redonner effectivement le pouvoir aux citoyens en reprenant les institutions qu'on essaye de lui confisquer. L'union européenne aurait dû être un outil notamment pour obliger des multinationales comme Nike à produire une partie de leurs chaussures en Europe pour pouvoir les vendre, à respecter un certains nombre de conditions sociales et environnementales sous peine de voir leurs produits taxés aux frontières de l'Europe. Bref ça m'a agacé mais il y avait aussi beaucoup de poésie et de créativité dans tous ces spots ou clips qui valaient le coup d'oeil, comme la pub de la citroen c3 qu'on a tous vu ou une autre de AARDMAN pour nokia. J'ai bien aimé aussi un film avec des animaux en sable sur une plage qui s'animent.

Voilà, je met en ligne cet article rédigé cette après midi mais je viens de voir la cérémonie de clôture. J'y consacrerai un article plus tard et je peux dores et déjà dire que je suis pas du tout d'accord avec le fait de décerner le grand prix à Pixel...

Annecy 2011

Conférences à la Chambre des Métiers III


Bon, je suis rentrée, je m'y remets.

Mercredi matin, la conférence parlait de quatre longs-métrages en production.


"Soul Man" de Guillaume Ivernel va être un film 3D ados-adultes de S-F détaillée, avec un héros viril et une bombasse black en justaucorps ajusté. Funky et plein d'action! Si je dis que c'est un film-de-garçon, je vais me faire chahuter... Le projet en est au pilote, qui a coûté 1 million d'€.

"Pinocchio" d'Enzo d'Alo c'est du dessin animé assez classique, bien que fait à la tablette (Toonboom). Les décors de Mattoti sont de toute beauté et le film promet d'être riche en couleurs et en nuances lumineuses. Je fait confiance au pétillant réalisateur à la chemise fleurie pour avoir peaufiné le scénario, alors je pense que ça vaudra le coup. Il espère pouvoir le présenter à Annecy 2012!


"Zarafa" de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie nous était présenté par ses producteurs, Christophe Jankovic et Valérie Schermann, de Prima Linéa. Ils sont à l'initiative de la collaboration entre Bezançon, qui vient de la PVR, et Lie, qui fut l'assistant-réal sur "Peurs du Noir". Apparemment le croisement de ces deux expériences est fructueux. L'anim est "au crayon de bois". Il y a un gros travail de recherche documentaire car le film se passe en 1830 et traverse plusieurs pays.


"Chico et rita" de Mariscal nous était présenté par son producteur Tono Errando. Malheureusement je ne sais pas ce qu'il en a dit, j'avais trop envie d'un café, je suis sortie. Mais le film, vu ensuite, m'a gonflé, car même si plastiquement ça se tient, l'anim est atroce et le film se traîne.

Annecy 2011

Conférences à la Chambre des Métiers II


Mardi après-midi, c'était la conférence sur les stratégies de studios. Elle était animée par le barbu René Broca. Il y avait beaucoup de termes franglish, que je vous citerai en italique.

Peter Lindblad, de Copenhagen Bombay (Danemark) a énormément insisté sur le fait qu'il produisait à petit budget, et avec une petite équipe maison (in-house)

Le résultat, certains ont pu le découvrir ici, puisque c'est Copenhagen Bombay qui a produit "La Montagne Ours" (lire la chronique de Jipé) Ce qui m'intéressait plus, c'est que le studio s'attache à faire émerger de jeunes talents, en sortant en salles des compils de courts, à destination des 2-6 ans. Le moyen de mettre à l'épreuve de nouveaux réalisateurs et d'expérimenter techniquement. Peter Lindblad explique le dynamisme danois par le fait que l'Etat aide significativement la production cinématographique pour la jeunesse.

Jean-Michel Spiner, de 2 minutes (France) a décrit le passage progressif de prestataire (en 2000) jusqu'aux projets maison (depuis 2007)

La boîte a des studios à Paris, Angoulême, Montréal et en Chine. Même si le resserrement géographique est préféré, pour préserver le plaisir et l'investissement des équipes, 2 minutes garde une approche assez pragmatique, mais dit être néanmoins capable de renoncer à une aide (!!!) si celle-ci implique une aberration d'organisation.
2 minutes a notamment coproduit le long-métrage "Allez Raconte" (que j'ai beaucoup aimé), et produit la série "Rosie", et actuellement le long-métrage "Approved for adoption". Pour la série "Rosie", il livre au diffuseur, comme un cadeau-bonux, des petits jeux web qu'il créent maison. Ils font le pari que cet investissement permettra de meilleures ventes internationales.

Warren Franklin, de Rainmaker (Vancouver) n'a pas dit grand-chose d'intéressant à mon sens, sauf qu'il y a des réductions d'impôt à Vancouver, et que c'est un grooos studio de 3D, et que c'était fun.

Madhavan AK, de Crest Animation (Inde) est un indien bavard que tout le monde surnomme "Mad Max". A part ça, il a baratiné sur sa success story et sur le boom indien, bof bof.

Anthony Roux, d'Ankama (Roubaix!) était vraiment atypique, et m'a impressionnée par son ambition pleine d'applomb.

Le discours de ce self-made man roubaisien (il sort de bac pro vente et deux ans d'école de BD) détonne par rapport à celui des autres producteurs. Je rappelle l'historique, Ankama a commencé autour du jeu Dofus avec 3 personnes et 9000€ en 2000, et emploie aujourd'hui... 450 personnes. Venir du jeu en ligne a visiblement centré la stratégie sur les spectateurs-joueurs , la communauté Ankama, tandis que les producteurs "classiques", eux, ont comme interlocuteurs principaux les diffuseurs... et peu d'interactions avec leurs spectateurs (souvent les enfants de 6-10 ans)
Question ambition, c'est rien moins que de créer un monde parallèle, et les références citées sont "Star Wars" et "Le Seigneur des Anneaux". Economiquement, ça a l'air d'un modèle sans bavure. Ils s'emparent de tous les supports (BD, merchandising, séries télé, jeux web, événementiel, jeux smart-phones...) pour enrichir ce monde Ankama, qui emploie même 5 "historiens" chargés de garantir la cohérence de l'ensemble. Tout est fait en France (enfin ils ont aussi ouvert un studio au Japon). Déçus par leur premier prestataire pour Wakfu, Ankama a développé sa propre méthode de production (pipeline) pour les séries d'anim, méthode inspirée de leur compétence en jeux et centrée sur Flash.

La qualité plastique est visiblement une préoccupation centrale d'Anthony Roux, quitte, dit-il, à perdre un peu d'argent (c'est rattrapé sur le long-terme). Récemment, le studio s'est ouvert à d'autres univers que Dofus-Wakfu, avec des essais en stop-mo, en 3D...

Enfin, je ne suis pas sûre de vous apprendre grand-chose, tellement la success-story Ankama est célèbre!

Reste qu'à mon avis, en matière de stratégie, ils sont un modèle que les producteurs classiques devraient étudier de près...

Annecy 2011

The prodigies


J'ai un peu de temps aujourd'hui pour vous parler d'un film vu, ici, en avant-première : the Prodigies, long-métrage d'animation en 3D relief, réalisé par Antoine Charreyron.

Inspiré du roman La nuit des enfants-rois de Bernard Lentéric (livre que j'avais par ailleurs apprécié lors de mon adolescence) ce film nous raconte le parcours de 5 enfants télépathes ayant la faculté de manipuler notre corps et notre esprit, et qui, suite à une violente agression de l'un d'entre eux (scène de viol trés éprouvante qui vaudra à ce film une -interdiction de moins de 12 ans- pour sa sortie en salles) fomente une terrible vengeance à l'encontre de leurs agresseurs et de toutes personnes se mettant sur leur passage.
Présentée, par leurs auteurs, comme une production voulant s'affranchir des codes des longs-métrages d'animation 3D actuels, Ce film réutilise tous les grandes lignes d'un thriller somme toute assez classique, avec un manque de rythme certain.
Pas de crescendo dans l'action, les événements se passent comme ils doivent se passer. On ne s'y ennuie pas certes, mais je suis resté assez dubitatif face à cette débauche d'explosions et de violence gratuite.

On sent que le réalisateur est issu du jeu video, tant on a l'impression de se trouver parfois face à une superbe animatique d'introduction pour un nouveau "shoot'em up". Alors, que reste-t-il à sauver de ce film, le character-design des personnages?... Pas vraiment, certains sont même parfaitement ratés (l'ado obèse notamment)... L'animation?... Non plus, on y retrouve ici la limite de la mocap : déplacements raides et lents... L'univers graphique et la mise en scène?... Sans doute, la photographie est soignée, les mouvements de caméra fluides même si on peut regretter une mobilité souvent extrême du cadre et une remarquable reconstitution de New-York (les peintures numériques de la pré-production sont, par ailleurs, exposées, ici dans le Hall du Bonlieu, et elles sont superbes)... mais sans piétons!!...

Vous l'aurez compris, je suis resté circonspect face à cette débauche de moyens pour ne pas dire grand chose, mais le public autour de moi semblait réagir assez positivement à ce qui leur était proposé sur l'écran. A vérifier lors de sa sortie en salles.

Annecy 2011

Suite des aventures d'un anarcho-emmanuelliste sur les terres du président de l'assemblée nationale.


Hier soir, je me suis rendu aux environs de 23 h à Bonlieu dans la grande salle pour la séance des films d'étudiants 2... Je ne me suis pas retrouvé serré comme une sardine dans la queue mais c'est bien ainsi que la séance a débuté, avec le film Elu kilukarbis (serrés comme des sardines). C'est assurément un film sur l'affirmation de soi dans un monde hostile, encombré, bruyant et tellement plus terrible qu'une boite de sardine en fer blanc, avec pleins de petits monstres qui sortent de partout. Mais comme je vais pas m'amuser à faire le récit de toute la séance, je vais abréger en citant rapidement Thursday qui me faisait un peu penser à un film de David OReilly au niveau du rendu 3D. Le scénario ne m'a pas vraiment marqué, des oiseaux qui coupent des fils électriques pour se faire un nid et un couple qui s'envoie des sms je crois... et puis après je sais plus. Il y avait Plato aussi, plus expérimental mais sans plus... Les arbres naissent sous terre, très joli film sur une veillée funèbre, même si j'étais un peu trop fatigué pour l'apprécier à sa juste valeur. Suivait ensuite au suivant qui suivait des écoliers en visite médicale, souvenir d'enfance en rotoscopie et joli dessin. La séance s'est terminée sur une note plus politique, avec Heimatland qui se moque gentiment d'un suisse un peu chauvin et traditionaliste qui a peur de son voisin...

Ce matin j'suis allé voir les aventures de Mark twain, long-métrage de Will Vinton, mais j'ai pas pu rentrer complètement dans le film parce que c'était en anglais non sous-titré. Par contre j'ai été impressionné par certaines scènes où l'on voyait des transformations en pâte à modeler. Ensuite j'ai vu les courts-métrages en compétition 4. Dwa kroki za était pas mal visuellement, au début je me suis dit que je voudrais savoir faire ça parce que c'est le genre de technique que j'utilise. C'est des éléments découpés, photos et vidéos, façon collages surréalistes et ça racontait l'histoire d'un garçon qui va dans une ville (mais j'ai pas trop suivi l'histoire parce que je pensais à d'autres trucs en même temps). Teatriños : Homenaxe ao mineral do repolo était très joli également mais cette fois en volume avec une espèce de poème. Kamene était pas mal au niveau des marionnettes, de la musique (et du chant), mais pour ce qui est du fond.. c'est un spot intégriste pour promouvoir la lapidation des femmes ou quoi ? 0_o


Dwa kroki za, de Paulina MAJDA

Il n'y a pas de court-métrage qui m'ait vraiment emballé complètement pour le moment dans tout ce que j'ai vu cette semaine. Par contre à 18h j'ai vu un film qui m'a enthousiasmé au plus haut point. J'ai immédiatement déclaré que c'était le meilleur film du festival et j'ai regretté de ne pouvoir voter pour lui car il est hors compétition. Il s'agit de Goodbye mister Christie. Phil Mulloy fait de l'économie de moyen la plus drastique un moteur dramatique extrêmement puissant et stimulant pour notre imagination. Le scénario et les dialogues sont excellents et ont une portée métaphysique et ontologique évidente. C'était génial, j'ai répété ce mot plusieurs fois en sortant de la salle, et ça a duré un moment.


Good bye Mister Christie, de Phil Mulloy

Enfin je suis allé voir Tatsumi, et ce fut un très bon moment aussi. Le film adapte en animation l'autobiographie du mangaka ainsi que quelques unes de ses histoires, toutes aussi empreintes d'une amertume poignante. Le graphisme est celui du manga, en noir et blanc pour les histoires et en couleur pour l'autobiographie et ça fonctionne très bien.