Hiroshima 2008

Hiroshima 2008 - troisième partie


Donc, les programmes... le détail ici.

Pas d'animé

Tout d'abord, il faut bien rappeler que Hiroshima est un festival ASIFA d'animation international. On y retrouve le même genre de films qu'à Annecy, Zagreb ou autre festival. Ça veux dire qu'il n'y pas ou peu d'"Animé" comme les fans aiment bien appeler l'animation japonaise que le grand public appellera plutôt "Manga". Les programmes spéciaux sont plutôt Paul Driessen, ou Piotr Dumala que Evangelion ou Gundam. Il y avait quand même une rétrospective Tezuka.

Dans la compétition, assez peu de films japonais : 3, à comparer aux 10 français, 13 anglais et 14 russes (les plus gros contingents, sauf erreur de ma part), sur un total de 76 films sélectionnés seulement.

Le programme " japan anim today"

Il y a eu un programme panorama de l'animation contemporaine au Japon. On a pu y voir des films très variés, depuis les abstractions sensibles et poétiques de Maya Yonesho (Vienna Mix) au "Child metaphysic" de Yamamura Koji (en panorama à Annecy), en passant par un clip déjanté du studio 4°C, des BA de jeux vidéos, un peu de Motion graphics, ou un "manga" classique façon Taniguchi. Mais j'ai pas gardé la feuille de programme, et le site du festival ne donne pas les détails.... alors désolé.

En tous cas ce programme montrait qu'il existe une scène variée au Japon.

La compétition

Il faut rappeler que le festival est bi-annuel, et qu'il n'a pas de catégorie. Court métrages, films étudiants, pubs, séries télés, films de commande, spéciaux TV sont réunis en une seule compétition, réunissant donc 2 ans de production mondiale. 76 films, c'est pas beaucoup ! Evidemment dans ces conditions, on comprend bien que les programmes sont plutôt bon et agréables à regarder. Le comité de sélection aurait été bien maladroit de pas trouver 76 films sympa sur les 1700 qui lui ont été proposés.

Tous les films présentés étaient de bonne facture : bonne anim, narration impeccable (chacun dans son style), belle image... rien à dire.

Un tiers des films (j'en ai compté 26 sur 76) étaient des comédies. En ajoutant une dizaine de contes pour enfants très mignons, ça faisiat bien la moitié du programme qui était composé de films légers et simples à regarder. (ne pas lire cette phrases de façon négative : il faut beaucoup de talents pour faire ces films, et ce sont de très bons films, chacun dans leur genre). Je citerais en exemple assez typiques de cette partie de la programmation "Oktapodi" (Gobelins, cartoon 3D avec des poulpes qui fuient le poissonnier), "Minuscules" (Thomas Szabo, les insectes 3D dans un décors réel) ou "Zhiharka" (Oleg Uzhinov), ce petit conte russe adorable.

Beaucoup de nostalgie aussi, entre autres avec les très beaux "Le Coeur est un Métronome" (Jean-Charles Mbotti Malolo, film que nous avons 'raté' à la sélection d'Annecy) ou "La Maison en Petits Cubes" (Kunio Kato, grand prix d'Annecy et prix de la Ville d'Hiroshima).

Mais les films en compétition sont très loin à mon avis de refléter la production mondiale. Pas de films évoquant les tendances actuelles du graphisme, pas ou presque pas de films mélangeant les genres. Rien ou presque de dérangeant ou d'un peu osé. Il n'y avait pas de films tels que "meet the walrus" ou "chainsaw".

C'est un vrai regret, pour ma part. J'ai eu l'impression de déguster de merveilleux gâteaux traditionnels, pas de découvrir une gastronomie nouvelle. Mais bien sûr ce n'est qu'une opinion personnelle.

Quelques films ont quand même survolé la compétition : "Madame Tutli-Putli" (Chris Lavis et Maciek Szczerbowski) a impressionné par sa technique et son univers. Et bien sûr "Un médecin de campagne" (Koji Yamamura) repars avec le grand prix.

Le fonctionnement de la sélection

Un des truc bien à Hiroshima, c'est qu'on peux facilement rencontrer les gens. J'ai donc pu cuisiner un membre du comité de sélection, et recouper ses informations avec celles obtenues auprès d'un autre membre par une amie.

Donc, le comité est resté 19 jours (!) à Hiroshima et a vu 1700 films environ. Si on compte une journée ou deux de repos, plus un temps de discussion finale, ça doit faire dans les 100 films par jours. Difficile de connaitre la durée moyenne des films, mais la durée de projection supportable par jour doit être dans les 10 heures, en comptant les temps de pause indispensables. 100 films par jour, ça veux dire aussi, en théorie 100 discussions. A supposer qu'on ne discute que 1 mn ou 2 par films, ça fait déjà 2 à trois heures de discussion, à ajouter aux heures de diffusion.

Inutile de dire que c'est ingérable.

Dans la plupart des festivals, pour résoudre ce problème, il existe une sorte de guillotine : les jurés peuvent demander à interrompre la projection d'un film. Quand tous les jurés ont demandé cela, la projection est interrompue et le film éliminé. Puis la sélection se fait parmi les films qui ont échappé à ce traitement.

A Hiroshima, étant donné le nombre de films (rappelons : toutes catégories confondues, sur 2 ans), la méthode est encore plus radicale. Chaque membre du comité doit interrompre chacun des films dès qu'il juge en avoir vu assez pour le juger et le noter. Pour noter, les jurys disposent de points à distribuer entre les films (par jour ? par heure ? je ne sais pas ) Ensuite, une moyenne est faite, et les films sélectionnés ou non en fonction de cette moyenne (et il semble, sans discussion approfondie).

Cette interruption peux se faire parce que le juré a déjà vu le film. Mais il doit être rare que les jurés aient tous vu un film. Donc finalement, ça veux dire que beaucoup des films sélectionnés (parmi les plus longs) n'ont pas étés vu en entier par tous les jurés. Celui qui m'a raconté ça ne cachait pas qu'il avait des regrets en voyant certains films jusqu'au bout...

A noter qu'à ma connaissance, le seul festival à 'assumer' ce problème est le Siggraph, qui demande au moment de soumettre un film de préciser "quelle minute du film doit être visionnée en priorité en cas de manque de temps".

Le palmarès est

"Kafka : a country doctor" de Yamamura remporte le grand prix (1 million de Yens, 6000€)

"La maison en petits cubes" de Kunio Kato remporte le tout aussi prestigieux prix de la Ville d'Hiroshima (1 million, idem) et le prix du public

Le Coeur est un Métronome" (Jean-Charles Mbotti Malolo) remporte le prix "débutants"

Le reste, je vous laisse voir sur le site.

Yamamura recevant son prix. A droite, les autres vainqueurs. Derrière, la mascotte la plus laide du monde.


Voilà, j'arrête là ce compte rendu. N'hésitez pas à me poser des questions sur le forum ou à me donner votre avis sur le mode de sélection. Les habitués du forum savent que c'est mon dada....

Hiroshima 2008

Hiroshima 2008 - deuxième partie


Bon, un festival, c'est pour voir des films, se cultiver. Et puis c'est aussi pour encontrer des gens et se bourrer la gueule consciencieusement.

A Hiroshima, ils ont bien compris ça et c'est très bien organisé.

D'abord, un petit listing avec la liste de tous les gens officiellement présents est distribué. Très pratique : chouette, il y aura plein de copains belges !

Ensuite, il y a les soirées officielles : ouverture et clôture, dans la grande salle d'un hôtel voisin. Tout le monde se mêle, boissons et nourriture à volonté, et de qualité. Ensuite il y a les soirées semi-officielles : une soirée sur une plage (bétonnée), une autre (la soirée "Asifa", payante) sur un toit d'un building d'Hiroshima. Pareil : boisson et bouffe à volonté.

La soirée sur la plage

La directrice du festival, Mme Sayoko Kinoshita

Celle sur le toit

Le samedi après midi (le samedi les projections sont surtout des programmes enfants) deux tours avec pique nique sont organisés, l'un vers l'île de Miyajima, l'un des coins les plus réputés du japon, leur mont Saint-Michel en quelque sorte, l'autre vers une distillerie de saké. Pour ma part, je sèche les visites organisées et je vais visiter le musée de la Paix, à la mémoire des victimes de la bombe. A ce propos, lire absolument Gen d'Hiroshima. Et puis un petit rappel pour nous autres français.

Enfin, le samedi soir, une soirée (payante aussi) de projections organisée par Yamamura et un groupe d'artiste et de critiques qu'il a fondé. Je n'ai pas pu y aller : j'étais invité au restaurant par le Alexis Hunot Japonais : Takashi Namiki (1). Et puis il semble qu'il y ait eu d'autres soirées organisées, mais pas forcément avec beaucoup de publicité en anglais.

A gauche, Yoichi Kotabe (Heidi, entre autres...), au milieu Namiki Takashi, à droite, un medecin psychiatre qui fait des recherches sur l'animation d'un point de vue psy, et avec qui on discute longuement de la nostalgie dans l'animation.

Enfin, les soirées se termine fréquemment dans un pub tout proche du festival, un bar un peu "newagebabareggae" mais très sympa. Pour cause de "spécial Finlande", une énorme délégation finlandaise (près de 40 personnes) assure l'ambiance.

Résultat de tout ça : on se croise, on se recroise, et tout le monde est abordable, les membres du comité de sélection, du jury, comme les réalisateurs. Certains bien sûr préfèrent échapper au groupe de festivaliers et partent découvrir la ville. Le festival étant un peu à l'écart, il faut être un peu volontaire pour le faire, mais ceux qui se sont ainsi échappés ont probablement eu raison.

Bon, alors, il est 100% super ce festival ? Quand même il y a un point noir. Toutes ces soirées (sauf ouverture et clôture) et leurs prolongement sont à 90% constituées d'étrangers. Japonais et non japonais se mélangent peu, voir pas du tout.

A cela plusieurs raisons :

- comme à Annecy, les locaux profitent de ce temps 'hors travail' pour se retrouver entre ancien collègues et vieux copains. Ils iront alors facilement 'entre eux' au resto ou dans des bars différents

- le monde de l'anim japonais est très peu anglophone.

- certaines soirées sont payantes (ou annoncées comme telle), et bien plus chères pour les japonais que pour les occidentaux (respectivement 18 et 6 euros). Vous feriez quoi, vous, si Annecy faisait des soirées payantes chères pour les français, et pas chères pour les autres ? Bin moi, je n'irai pas... La raison officielle, c'est que nous sommes les "guests". En discutant avec quelques japonais présents, il semble que la vraie raison -en tout cas telle qu'elle est perçue - soit plutôt de réduire le nombre de gens présents.

Demain, on parle des films.


(1) : en fait, le président d'une association, Anido, très ancienne et très active au Japon. Namiki est aussi un collectionneur et passionné incontournable.

Hiroshima 2008

Hiroshima 2008 - première partie


Bon bin voilà, de retour de mon premier festival d'Hiroshima. J'y étais comme simple spectateur, étant dans la région cet été.

Un très bon festival qui ne dément pas sa réputation. Un festival de taille parfaite : ni trop petit (beaucoup de séances, de programmes, de réalisateurs), ni trop grand (on se croise facilement, les 'vedettes' sont abordables...)

Bon, alors d'abord un petit compte rendu des lieux et de l'organisation :

Les festival se tient donc à Hiroshima, ville qu'il n'est pas besoin de présenter. Il se tient à l'Aster Plaza", une sorte de grand palais des congrès, à deux pas du Parc de la Paix où se trouvent le mémorial aux victimes de la bombe, le 'dome de la bombe' et le musée correspondant. Le tout à 20mn à pied du centre ville.

L'Aster Plaza, c'est 3 salles de projection, une immense (la "grande"), une grande (la "moyenne") et une que j'ai pas vu et qui devait être genre la salle 300 d'Annecy. Le Hall principal contient plusieurs stands genre boutique d'Annecy, mais qui toutes réunies sont moins bien achalandées que la dite boutique. Un petit espace sur le coté réunit des stands d'écoles japonaises. Et dans les étages, des expositions (membres du jury et comité de sélections) et quelques petites salles de projo avec une vingtaine de chaises chacune : une salle de projo en relief (1) (avec entre autres le merveilleux "Moving Still" de Santiago CAICEDO DE ROUX des Arts décos, qui damnait le pion au Disney en matière de maitrise de la stéréoscopie), et surtout, deux petites salles à disposition de tout un chacun, pour 1/2 heure, pour montrer son travail. Vachement bien !

La grande salle :

Le festival est placé sous le signe de la paix, du désarmement et de la mémoire des victimes des guerres passées, en cours et à venir. Du coup, les pitreries de Bromberg ne sont pas de mise : on préfère l'opéra pour l'ouverture. Ça fait plus sérieux.

Organisation des séances : Les trois salles diffusent du matin au soir - avec cette notable exception que le soir, seule la grande salle fonctionne, en diffusant la compétition. Sinon, en journée, c'est des rétrospectives, des spéciaux étudiants, des panoramas, des programmes pour la paix (j'y ai enfin vu "Monsieur COK", annoncé "monsieur 'C' 'O' 'K'" !), une grande rétrospective Finlandaise (j'ai rien vu...) et des programmes spéciaux suivis de conférence/ présentations (principalement les membres du jury et/ou comités de sélection (J'ai assisté à Driessen, Piotr Dumala et - ma découverte - le serbe Rastko Ćirić)

Il y a eu aussi une grande rétrospective Tezuka (conférence décevante : ils avaient invités trop de gens (des pointures !) qui avaient donc peu de temps pour developper et en sont restés au niveau de l'hommage poli.). Et enfin un programme "Japan animation today" sur lequel je reviendrais.

En générales les séances sont très longues : entre 2 et 3 heures. Mais un entre-acte en milieu de séance permet de maintenir l'attention, et finalement, j'ai réussis à voir beaucoup plus de choses que dans un Annecy normal (où en général la fatigue me fait craquer très vite)

demain : les rencontres et les fêtes (et aussi LE point noir du festival)

après demain : la sélection (avec des infos sur les coulisses) et le palmarès

Jérôme

(1) relief, ou stéréoscopie, en Français. Stereoscopy or 3D Stereoscopy en Anglais. 3D dans quelques dialectes anglo-saxons technophiles. Bisous à Alexis.