Meknès 2009

Un thé à la menthe avec Benoit Chieux


Sympathiques interviews publiques organisées à la caféteria de l'institut ces «thés à la menthe avec...» sont une nouveauté de 2009. Le premier à se plier à l'exercice est Benoit Chieux qui a expliqué avec intelligence et humanité le parcours qui l'a mené à devenir directeur artistique du dernier long métrage de Folimage, Mia et le Migou, réalisé par Jacques-Remy Girerd qu'il a storyboardé seul et dont il a réalisé les designs.

Encore un moment de grace de ce festival dont il m'est impossible de rendre compte, vous devrez vous contenter de ces quelques photos. :D

Meknès 2009

Barry Pruves et Shannon O'Neil en coulisses


Barry Purves a également démontré ses qualités de pédagogue dans une séance d'exposé-questions à la médiathèque de l'institut français. intitulés les Coulisses de la création, ces petites réunions publiques permettent à des auteurs de parler des processus de création de leurs films. La séance de l'après midi était centrée sur Hamilton Matress, le dernier film de Barry Purves, avec à ses cotés la charmante Shannon O'Neil, représentante des célèbres Studios Mackinnon and Saunders qui fabriquent une grande partie des marionnettes de stopmotion utilisés dans les productions de série et de long métrage occidentaux.



Chargée d'une grosse valise remplie de trésors légendaires, Shannon a placé sur la table des marionnettes des Noces Funèbres, des séries Fifi, Bob the Builder ou OuiOui, l'armature de Hamilton et tout un tas de bricoles fabuleuses pour les amateurs de stopmotion dont les yeux brillaient d'excitation.

Les explications sur les processus de fabrication et d'animation étaient simplement passionnantes grâce à cette incroyable complémentarité entre le studio de model-making et l'animateur, l'un sachant éclairer les besoins de l'autre avec complicité et malice. L'échange Purves - O'Neil était à n'en pas douter un des points forts de ce festival !

Que retirer des deux heures d'échanges ? Les prix des marionnettes ? De 35,000 £ pour celles des Noces Funèbres à 8,000 £ pour une série type Fifi.

Des chiffres sur la production : 80 personnes ont été nécessaires à la fabrication de marionnettes des Noces, sur les plateaux ils étaient 20 à assurer la maintenance en permanence avec des pièces de rechange, surtout les mains et autres pièces mobiles.

Surtout, nous avons eu l'explication du perfectionnisme de the Corpse Bride. On a effectivement posé la question à Shannon O'Neil de savoir si la perfection des marionnettes du dernier Burton ne rapprochait pas dangereusement la stopmotion de la 3D. Elle a répondu qu'à l'époque de la production, Tim Burton avait explicitement demandé des marionnettes sophistiquées qui puissent se plier à ses besoins, notamment de gros plans, sans qu'on puisse voir poussières ou joints des visages. Pour le prochain film de Wes Anderson qui a l'habitude de filmer de plus loin, cette perfection n'est pas nécessaire. De plus il s'agissait à l'époque d'une sorte de défi pour Mackinnon&Saunders, pousser la technique à son plus haut niveau de manière à la décomplexer par rapport à son concurrent virtuel. La preuve ayant été faite, elle a dit que les enjeux techniques étaient dorénavant plus détendus et qu'une telle perfection ne se retrouverait peut-être plus.

Mais je laisse le dernier mot à Barry Purves, assis, avec sa masse imposante, qui lève sa grande main, paume grande ouverte face à l'auditoire en disant que c'est ça l'outil principal de l'animateur, même si elle sue et salit les marionnettes, il ne portera jamais de gants comme a pu lui demander le studio de model-making, pour conserver le lien tactile avec le travail d'animation, vrai travail d'acteur.

Meknès 2009

Retrospectives Barry Purves, Erica Russell et Jimmy Murakami


Ces projections tardives sont des rencontres très intenses avec les créateurs. Présents dans la salle de projection, le théâtre de l'institut français, ils introduisent leurs films et répondent aux questions de la salle et de «l'alexis», increvable machine à débat.



Barry Purves nous a ainsi éclairé d'anecdotes et contextualisé son œuvre. On sait par exemple que le sang de ses séquences est un dentifrice rouge mélangé à de la glycérine et qu'ainsi toute scène sanglante est irrémédiablement associé dans son esprit à une odeur de menthe. Je n'avais pas eu l'occasion de voir sa rétrospective à Annecy l'an dernier et j'ai indubitablement découvert un immense auteur qui a su décliner avec flegme et humour l'univers d'un de ses plus beau film, Screenplay (1993), pour une publicité pour un débouche-toilette :D
Barry Purves c'est évidemment le très beau coffret de DVD édité chez Potemkine l'an dernier.


La belle et gracieuse Erica Russell a également présenté son travail via trois films, Feet of Song (1988), Triangle (1994) et Soma (2001). Films de danse sur percussion et musique témoignant de sa fascination pour les corps en mouvement. Techniquement très variés (aérographe, peinture, dessin...) les films sont fabriqués de manière empirique, sans storyboard préalable. Elle bénissait la rencontre avec Channel 4 qui lui a permis de financer ses expérimentations en reconnaissant qu'à l'heure actuelle il serait presque impossible de monter de pareilles productions dont on ne peut rien prédire avant leur accomplissement. Je vous invite à piocher quelques images sur sa page chez Acmefilmworks.

Je ne connaissais pas Jimmy Teru Murakami et je ne savais pas à quoi m'attendre de la part d'un japonais ayant travaillé aux états unis et habitant maintenant en Irlande. Quand on voit ce monsieur voûté, très souriant au visage marqué, on devine une gravité souterraine, on se dit qu'il n'a pas du avoir une existence facile. La rencontre avec son œuvre via la projection de son DVD Reflections a été une vrai révélation. Vétéran d'UPA, mythique studio dans lequel il est entré tout jeune, Murakami a réalisé un bon nombre de films d'auteurs qu'il qualifie modestement «d'un peu datés» qui sont d'une force et d'un qualité incroyables.



Bullets (1974) montre par exemple la vision subjective d'une balle traversant la tête d'un homme qui se suicide. Mais c'est sûrement Breath (1965), grand prix du festival d'Annecy en 1967, le film le plus incroyable de la soirée, échanges de personnages s'inspirant et s'expirant les uns les autres le film est un jeu graphique et rythmique d'une invention réjouissante.

Et son dernier film, Sandpiper (2006) est étonnant à plus d'un titre ; histoire sentimentale et presque mièvre d'un garçon recueillant un oiseau blessé sur la plage, le film en papier découpé au design presque naïf pourrait ressembler à un film de fin d'étude avec happy end fleur-bleue. Interrogé à ce sujet, l'auteur dit avec le sourire qu'il avait envie de faire ce film depuis longtemps et que ça n'est que depuis qu'il a trouvé la paix et le bonheur qu'il a pu le faire...

Je vous invite à aller sur le site officiel de cet étonnant monsieur, également jury de cette première compétition du FICAM.

Meknès 2009

Mia à la Médina



Projection grand écran sur une place de la Médina.

Face à la parabole, les salles de cinéma au Maroc ont perdu de leur attrait. Pour les jeunes de la Médina, le FICAM est une des seules occasions de voir des films sur grand écran dans l'année.
L'installation est située sur une grande place de la médina de Meknès dont les éclairages ont été éteints pour l'occasion. La foule se masse contre les grilles entourant la structure. Ce soir c'est Mia et le Migou, présenté par le directeur artistique du film, Benoit Chieux.
Pas de chance, la pluie tombe fort et une grosse averse a contraint la projection à commencer en retard. Mais le film a été lancé, sous quelques gouttes. Et c'est émouvant de voir ces volées de jeunes gamins courir et hurler devant l'écran, se réunir autour des grilles, siffler, chanter.

Benoit Chieux reste même un peu pour apprécier le spectacle.

Meknès 2009

Les cigognes sont ici


avec les innombrables chats errants qui peuplent la ville.