Barry Purves a également démontré ses qualités de pédagogue dans une séance d'exposé-questions à la médiathèque de l'institut français. intitulés les Coulisses de la création, ces petites réunions publiques permettent à des auteurs de parler des processus de création de leurs films. La séance de l'après midi était centrée sur Hamilton Matress, le dernier film de Barry Purves, avec à ses cotés la charmante Shannon O'Neil, représentante des célèbres Studios Mackinnon and Saunders qui fabriquent une grande partie des marionnettes de stopmotion utilisés dans les productions de série et de long métrage occidentaux.

Chargée d'une grosse valise remplie de trésors légendaires, Shannon a placé sur la table des marionnettes des Noces Funèbres, des séries Fifi, Bob the Builder ou OuiOui, l'armature de Hamilton et tout un tas de bricoles fabuleuses pour les amateurs de stopmotion dont les yeux brillaient d'excitation.
Les explications sur les processus de fabrication et d'animation étaient simplement passionnantes grâce à cette incroyable complémentarité entre le studio de model-making et l'animateur, l'un sachant éclairer les besoins de l'autre avec complicité et malice. L'échange Purves - O'Neil était à n'en pas douter un des points forts de ce festival !
Que retirer des deux heures d'échanges ? Les prix des marionnettes ? De 35,000 £ pour celles des Noces Funèbres à 8,000 £ pour une série type Fifi.
Des chiffres sur la production : 80 personnes ont été nécessaires à la fabrication de marionnettes des Noces, sur les plateaux ils étaient 20 à assurer la maintenance en permanence avec des pièces de rechange, surtout les mains et autres pièces mobiles.
Surtout, nous avons eu l'explication du perfectionnisme de the Corpse Bride. On a effectivement posé la question à Shannon O'Neil de savoir si la perfection des marionnettes du dernier Burton ne rapprochait pas dangereusement la stopmotion de la 3D. Elle a répondu qu'à l'époque de la production, Tim Burton avait explicitement demandé des marionnettes sophistiquées qui puissent se plier à ses besoins, notamment de gros plans, sans qu'on puisse voir poussières ou joints des visages. Pour le prochain film de Wes Anderson qui a l'habitude de filmer de plus loin, cette perfection n'est pas nécessaire. De plus il s'agissait à l'époque d'une sorte de défi pour Mackinnon&Saunders, pousser la technique à son plus haut niveau de manière à la décomplexer par rapport à son concurrent virtuel. La preuve ayant été faite, elle a dit que les enjeux techniques étaient dorénavant plus détendus et qu'une telle perfection ne se retrouverait peut-être plus.
Mais je laisse le dernier mot à Barry Purves, assis, avec sa masse imposante, qui lève sa grande main, paume grande ouverte face à l'auditoire en disant que c'est ça l'outil principal de l'animateur, même si elle sue et salit les marionnettes, il ne portera jamais de gants comme a pu lui demander le studio de model-making, pour conserver le lien tactile avec le travail d'animation, vrai travail d'acteur.