Ottawa 2008
Ottawa International Animation Festival
Par Kataplonk, dimanche 28 septembre 2008 à 21:07

Hi ! Je tente moi aussi l'exercice délicat du compte rendu avec beaucoup moins de précisions que Çuikisouri, mais ayant très grandement apprécié ce festival (plus convivial qu'Annecy car plus petit) et son atmosphère bon enfant, je vous en touche quelques mots. J'étais sélectionné dans la catégorie graduation short avec Quidam dégomme, mon film de fin de DMA, et ai atterri jeudi 18 à Ottawa. Juste à temps pour retirer mon badge à la boutique du festival au Arts Court et pour filer à l'Empire Theatre (l'un des deux cinémas du centre ville, situé au sommet d'un gros centre commercial) voir la demo-reel des studios Aardman. L'occasion de redécouvrir certaines perles des studios de Bristol, d'en découvrir d'autres (les spots de pub contre le changement climatique par exemple, magiques) et de découvrir également certaines choses beaucoup moins amusantes et en 3D. Puis j'allai au Bytowne, l'autre cinéma du centre d'Ottawa, une charmante et vieille salle où se jouaient la plupart des projections du festival.
L'entrée de La cour des Arts

L'entrée du Bytowne cinema

Dans le programme short competition 2, je retiens surtout Western Spaghetti, de PES, toujours très efficace et inventif, Berni's Doll de Yann Jouette, où le quotidien du répugnant et pathétique personnage est très bien servi par un montage fort bien rythmé jouant habillement sur toutes sortes de métaphores, et Chainsaw, de Dennis Tupicoff, dont les 210 centimètres ont parfaitement mérité le double prix qui lui ont été attribués. Les différents univers juxtaposés de la corrida, du star-système, et de la coupe des arbre (je crois pas qu'on dise bûcheronneritude) créent une atmosphère très particulière renforcée par l'utilisation de la roto et des aplats de couleur, le tout soulignée par une musique en apesanteur fort belle. Quant à mon film, je ne vois désormais plus qu'un amas de défauts, mais je crois que c'est bon signe...
Le lendemain, j'ai pu répondre aux (quelques) questions du public lors d'une conférence Meet the filmmakers (en anglais s'il vous plaît, modéré par deux demoiselles de l'ONF), avant d'aller rejoindre le Bytowne où deux bus rouges à étages nous attend..., nous firent attendre pour nous conduire au pic-nique Cartoon Network. Après le sacro-saint Hamburger servi par des texans venus pour l'occasion, plusieurs festivaliers se sont adonnés à la sculpture sur citrouille, qui a lieu chaque année. Voici quelques exemples :


Voici Chris Robinson, délégué artistique du festival (c'est lui qui choisit les films de la compétition), accompagnée de sa vraisemblable progéniture


le soir, Who Framed Roger Rabbit, en compagnie de Richard Williams. L'avantage de se rappeler de l'histoire et de ne presque rien comprendre à l'anglais américaniso-toonisé permet de se concentrer sur les images, et je constate que le résultat est toujours aussi épatant et jubilatoire. Ses vingt ans d'âge ne l'ont pas fait vieillir, ce sacré bon vieux film...

J'ai peu apprécié le short competition 3, si ce n'est Dialogos (Dialogos), d'Ülo Pikkov, trépidant court-métrage estonien où de très rapides sketches gravés sur la pellicule s'enchaînent sur une sorte de musique indescriptible. Assurément peu banal et ma foi très réussi. Le "I love you more than shit" restera chez bon nombre de spectateurs. Je retiens aussi Cattle Call, de Mike Maryniuk et Matt Rankin, où est tourné en dérision l'absurde et frénétique débit vocal des vendeurs de vaches des grandes plaines. L'argument est certes assez faible, mais le résultat est plaisant, sans être révolutionnaire. 1st date, de Nils Knoblich terminait cette séance assez peu hystérique de façon drôle et légère.
Le samedi, j'ai raté le début de Short competition 1 (ce toujours très efficace décalage horaire), mais j'ai pu tout de même ré-apprécier l'émouvant et très fort La maison en petits cubes, de Kunio Kato, et le splendide Skhizein, de Jérémy Clapin (hélas reparti bredouille de la cérémonie de clôture, et c'est assez incompréhensible) (mais on m'a dit d'arrêter d'essayer de comprendre les cérémonies de remise des prix). Je souligne aussi Muto, de Blu Blu, où l'animation en arrêt de mouvement (équivalent québécois de stop-motion animation) sur murs et plafonds est assez hypnotisante. Puis ce fut Short competition 4, où aucun film ne m'a véritablement transcendé. Je mets cependant en avant Woods, de Idan Vardi, graphiquement très travaillé, Kundan, de Taku Kimura, où l'animation 3D est utilisée de façon intéressante et plutôt novatrice dans cette histoire adaptée d'un mythe de la culture japonaise, et En agosto (in august), de Andrés Barrientos et Carlos Andres Reyes, où l'histoire peu évidente est en partie rattrapée par de belles images et une atmosphère générale de fin du monde très joliment mise en scène.
Puis en passant le pont, je pénétrai au Québec puis au museum of civilization pour assister à la conférence de Richard Williams, interviewé par son ami l'animateur et historien new-yorkais John Canemaker. Un grand moment où nous pûmes voir les premières animations publicitaires de Williams, des images inédites de The Thief and the Cobbler, et des extraits de son Animator's survival kit en DVD (pour un prix non modique). Voici Richard Williams nous expliquant la marche (Canemaker assis) :

La soirée suivant les projections se passait dans un ancien théâtre reconverti en boîte de nuit. Ce n'était pas un moment particulièrement inoubliable, mais j'ai pu la passer avec de très sympathiques étudiants en animation de l'University of Arts de Philadelphie.
Le dernier jour fut entamé avec la projection Canadian Showcase, où comme son nom le précise était projetée un sélection des meilleurs court-métrages canadiens récents. Je fus en admiration devant L'ondée, de David Coquard-Dassault, une splendide mise en image des petits riens se déroulant sous la pluie. Le côté minimaliste de certains plans évoque Father and Daughter de Michael Dudok Dewit, et l'atmosphère générale contemplative fait de ces sept minutes quarantes un petit bijou. Si l'on retrouve une certaine touche Folimage, c'est que David Coquard-Dassault l'a réalisé là bas, dans le cadre d'Artistes en résidence, en partenariat avec l'ONF. Je souligne aussi Labyrinth, de Patrick Jenkins, un film noir en peinture animée assez effrayant et joliment construit. Hungu est mon second coup de cœur de cette projection, avec une histoire africaine d'amour maternel au graphisme très fin, tout en ombres chinoises soupoudré de sable animé, magnifique ai-je trouvé. Triumphant Campaigns of Captain Cudney, de Kyle Marshall, n'était pas tout à fait du même niveau, mais dans la catégorie court-métrage humoristique, il se défend très bien avec un graphisme et une animation efficace, soutenus par un rythme fort bien orchestré.
Ayant ensuite jugé que de sitôt je ne reverrai pas Sita Sings the Blues au cinéma (en tout cas pas au pathé français le plus proche), je retournai le voir à L'Empire Theatre, l'autre cinéma du centre ville, situé au sommet d'un gros centre commercial. en sortant j'estime que Sita a parfaitement mérité son cristal à Annecy et je constate une nouvelle fois le talent de Nina Paley pour la narration et le rythme de celle-ci.
Puis je retraversai la rivière des Outaouais pour me rendre au museum of civilizations assister à la cérémonie de Cloture. Celle-ci tranchait véritablement avec le faste bollywoodien d'Annecy, et nous avons pu assister au talk show et acknowledgment show de Chris Robinson, délégué artistique du festival, très à l'aise derrière un micro devant une salle comble. Puis les enfants du jury junior défilèrent pour justifier leurs choix et remettre les prix avant que le jury adulte ne fasse de même (mais sans justifier de manière aussi exhaustive leurs préférences). Enfin furent projetés les films gagnant de cette édition. Je fus d'accord avec la majorité des choix des jurés, mais je reste perplexe devant l'attribution d'un prix à Último 'Spong Ice' (clip vidéo assez peu révolutionnaire) et Terra (long métrage que je n'ai pas vu mais dont les échos que j'ai eu furent bien peu positifs). Voici Chris Robinson remerciant les innombrables sponsors, tandis qu'attendent sur la table derrière lui les prix en forme d'espèces de scies circulaires (ou de phénakistoscope) que les malheureux gagnants vont avoir bien du mal à emmener avec eux en bagage à main sur les vols internationaux.

Pour Chainsaw, Dennis Tupicoff n'aurait pas pu avoir de prix plus adapté.
En définitive, je reviens on ne peut plus satisfait de ce festival, d'avoir pu voir ces films dans un pays aussi dépaysant et agréable (Je comprends que Çuikisouri s'y soit installé), qui plus est dans une ville où il fait bon respirer (si si, bien plus qu'à Paris), et où l'on manque à chaque pas de marcher sur la queue d'un écureuil, de botter un raton laveur où de trébucher sur une marmotte, comme ici en plein centre-ville :

Bon d'accord la photo a été légèrement recadrée. Anyway je conseille ce festival à tous les amateurs d'animation, de marmottes, de sculpture, de citrouilles et de sirop d'érable et de chateaux Disney.























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